que sais-je de la Joie ? c'est un astre froid
une planète maudite, un coude dans la régénération—qui éconduit assurément à la mort ; j'en prends le chemin
la Joie n'existe pas ; je la provoque en vain... elle grandit dans l'équivoque et dans le chagrin
je la lave de mes cheveux trempés et me mouche dans sa commodité
les gens se disent "joyeux", "heureux"—ou pas ; mais que connaissent-ils d'eux ?
on vit sur des 'bouts de nous', qui se dissolvent au hasard et nous perdent en notre milieu
les coïncidences sont des miracles de substitution et les harmonies des merveilles de compensation
tout est faux ! surfait
la Joie n'existe qu'en elle-même—en tant que non-expérimentée de moi, inaccessible dans sa superbe
autosuffisante et brillante, elle se satisfait—sans que j'y entre sincèrement
elle se dynamise au sein de sa propre révolution ; elle se gargarise de ses propres projections ; son ego penche à demi
au coeur de son coeur, je ne m'intègre pas : elle ne me digère pas ; ne s'ouvre pas, ne sourit pas, n'accueille pas
la Joie, c'est la mère, je crois... quand on peut s'abandonner à elle dans le fond de soi : s'y reposer tendre et sommeillant
la Joie, c'est l'amant quand il est aimant... quand de lui déborde le soin de l'être dépouillé entre ses mains fermes et ses gestes appuyés
la Joie dans la Joie, c'est être deux
couplés dans la proximité, ou unis dans la destinée, c'est le lien constant... au-dessus du gouffre vacuitaire, par dessous l'orgie identitaire
la Joie, c'est la lumière de deux entités en relation, c'est la synchronie entre deux colonies, c'est le frottement de deux anatomies
la Joie enveloppée dans la Joie, c'est l'horizon courbé, enroulé sur ses propres émissions de photons
la Joie dans elle-même, c'est l'ouverture sélective ; et l'occlusion de la Totalité—filtrée, tamisée
la Joie appelle l'Ombre dans le flou d'elle-même, pour la faire à son tour s'exprimer et délirer : une fraîcheur de cave humide à assainir comme un grenier
la Joie avec son "autre" cherche à communiquer pour ensemble 'se diluer'... dans l'absolu et la singularité, dans la genèse et la promesse, dans la source et l'épopée
la Joie seule s'étouffe et mousse : elle doit se compromettre pour manifester sa supériorité, son ultimité
la Joie dans le flux d'un Coeur authentique de Tristesse, c'est cela qui est vrai : l'eau et le feu divinement polarisés
le dialogue dans le chaos, la complémentarité et la fécondité—le seul en notre Unité
et tu arrives avec tes balluchons ; tu les poses avec distraction : tu y es habitué ; la joie ne t'étrangle pas, pourtant tu me vois ; mes larmes te déclencheraient-elles un frisson ? et, à l'intérieur de cette perturbation, te surgirait-il de la Joie ?
au centre de moi, des émulsions de neige, des étincelles d'éther et des éclats de pierre
au centre de moi, des joyaux loyaux, des fumées diurnes et des peurs nocturnes
ma Joie est en toi, si la Tienne est en moi ; qu'elles se mêlent et nous serrent toutes les deux
en moi, je ne vois pas mon double ; en toi, j'approche mon trouble
... avec une grosse voix
les Joies nous quittent déjà—pour que le verre se brise et qu'advienne l'émoi
les Joies nous admonestent et nous somment de 'nous montrer' ! tant que nous n'y 'seront pas', elles se refuseront tout autant que les sermons
les Joies sont taquines, mais fines ; elles s'immiscent dans nos failles pour ouvrir les profondeurs et faire jaillir le jour
une fois conquise par leur science et acquise à leur discrétion, j'entre dans leur cercle et m'immole à leur feu : j'y brûle ce qu'il me reste de soucis latents et de papiers écrits ; j'y inscris la flamme de mes tourments et lentement me consume
une fois réduite en cendres, ma silhouette consubstantielle s'élève et libère... un cri de survie !
les Joies, multiples autour de moi, redeviennent des astres qui percutent mon coeur subtil : de la glace s'en écoule—celle de naguère, quand les drames étaient courants et que les lames coupaient les écrans
percluse de sentiments, je bataillais ; mes épées traçaient des vents et le Centre était béant
se rejoindre dans l'intensité des heures ; se condenser dans la gravités des pleures... quand elles transpirent 'toi' ; et se coucher
se lever à l'aurore pour s'assurer de l'ordre susurré et contempler tout ce qui s'accouple dans l'univers
tout ce qui fait "joie" dans l'assemble humble et miséricordieux d'une musique nouvelle, d'un trait d'argent
le soleil se lève comme preuve que la Terre est ronde, comme témoin du réveil de nos désolations, comme illusion en nos immortelles saisons
quelque chose de fugitif apparaît : un rayon ; il me touche venant de toi, en ma déraison
la Joie, c'est quand, dans la nature indemne, tu t'approches de moi sans dire "je t'aime"
la Joie de l'encouplement, c'est quand la liaison sereine égraine des moments, et que je me retrouve dans ton jardin
dans la Joie, pas de trahison ; dans l'entrelacs de son dédoublement, la cohésion
la Joie ne voit qu'elle-même dans la chaleur de l'Eternel
venue de l'Alpha, elle parsème le chemin vers son Omega... et s'aime elle-même