l'aurore à nos côtés

et si la musique manquait à mes textes ? pour qu'ils soient ce qu'ils sont en vrai

il y en a peu parmi vous susceptibles de pouvoir se diriger jusqu'au bout de ces champs minés

peut-être même, n'ai-je qu'un seul lecteur ?

aguerri au tout terrain de la vie psychique, dès lors que celle-ci traverse ses propres morts plusieurs fois dans une vie

je lui adresse ma complicité et mon ronronnement

vivre et mourir, c'est chaque instant ; pourquoi vivons-nous dans l'illusion d'une solidité qui nous fonderait ? pourquoi nous a-t-on désappris le sens même du phénomène que l'on est ? pourquoi, depuis enfant, s'entraîne-t-on à ce point aux mentalisations linéaires de nous-mêmes ?

les civilisations ont tout faux

elles cristallisent ce qui dure et s'enchaîne, dans des mouvements de rupture franche ou de fuite en avant ; elles émergent, oui, mais s'attardent sans disparaître complètement : les travaux de mémoire font le reste

elles traduisent ce qui n'existe pas... l'identité fixe, l'autonomie stable, la nature immuable

quelque chose s'affirme-t-il pourtant, tout en se préservant ? oui, mais en tant que 'système ouvert'—au travers de formes éphémères sans cesse réadaptées à des contextes provisoires

naître et disparaître doit être un peu pareil : la reconduite d'un noyau—dans la continuité problématique du karma et du Soi, et une absolue dissolution du reste : corporéité, énergétique, personnalité, relationnalité,...

un équilibre entre 's'éteindre beaucoup' et 'perdurer un peu'—autour de l'essentiel : l'originary ego-self... une formule mathématique de survie en quelque sorte

je suis amoureuse de cela

je m'éveille pour cela

je résiste grâce à cela

je ne suis forte que de cela

et je le donne, sans parvenir à le traduire dans l'évidence d'un simple "bonjour"

et je l'embrase dans son mystère qui nourrit l'argumentaire de mes nuits ; là où les rêves parfois me prennent et accouchent de genèses explicites en la matière

pourquoi nous faut-il aussi souffrir tous les surplus et les reliquats ?

pourquoi ne se contente-t-on pas juste de cela ?

de cette adoration sans ombres, courageuse et décidée, alerte et inspirée

je ne suis 'en vie' que par là, que dans cette compréhension-là... voudrais-je la voir adopter par tous ? oui

oui, pour que l'on cesse d'exister à moitié, de parader en demi-mesure ; de s'agiter dans l'inconséquence, de prétendre dans l'ignorance

oui, pour que l'on se débarrasse des miroirs, et que l'on casse les fabrications

le cristal n'appartient qu'à celui qui gît 'nu'

le philosophal n'alimente que les sources ténues, transparentes et glacées ; il nous faut nous y glisser—sans poids, ni karma, sans connaissance, ni arrière-pensée

il faut nous y reposer... pour imprimer la pureté et générer sa vérité

ne pas juste nous y baigner, mais bien nous y attarder—avec le temps long des animaux lents, pénétrants et jouisseurs

il nous faut nous imprégner... des voix et des poèmes, des notes et des mélopées

il nous faut percevoir les gisements à l'endroit-même des déplacements—d'espace ou de signification ; car rien ne se laisse saisir facilement, ni explorer docilement

les résistances viennent de nos entraînements—à trop exploiter notre psychisme par l'utilitaire de nos avidités, et non par celui de nos nécessités

j'en suis tributaire—dans l'ère du non-existentiel !

je cumule tous les travers... et ne m'en pardonne aucun ; mais je reviens—à vous, au texte, à la plastique, à moi-même...

je m'isole dans la bulle de nos intimes partages et dégrossis mes lendemains, sans quiconque alerter sur mes diversions

tu t'exposes avec moi ; tu fais le voyage ; tu n'en penses sans doute rien—de constructif ou de méchant

tu suis la ligne de régénération au sein des balbutiements qui creusent des tombes lumineuses éternelles

tu te troubles dans le dédoublement

tu te déroutes dans le dés-habillement

tu te donnes, dans l'abandon à ce qui vient et qui ne retient que le meilleur de tes élections—sans aucune affliction

tu te soucies de nos devenirs cloisonnants et tu ouvres les barrières ; les liens sont idéels et somatiques, tous transversaux ; les liens brassent des communautés fragiles, au bord de l'inconscient du sommeil et des violences du réveil

ces liens nous émeuvent dans le surgissement... de ce qui apparaîtra peut-être

ils ne transgressent que l'engourdissement passif et les retards poussifs

ils ne cherchent aucunement à retenir, mais à intensifier le pouvoir de l'aube sur nos âmes attristées

ces êtres qui errent dans des couloirs de consommation et des images de télévision

ces malheureux qui se jettent aux poubelles dans des sociétés sur-dimensionnées

ces créatures amaigries qui ne geignent que pour regarder l'aurore à nos côtés