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les écrans s'amoncellent : elle nous aime

et si tout était facile ? si ce qui inexorablement doit s'accomplir, simplement apparaissait et qu'on le suivait

tout part de nous—de cette lueur ou de ce jaillissement, de cet instinct à se projeter soi, de cette tendance à s'illimiter soi, sans vraiment 'se considérer' clairement

face à la vague : surfer ou plonger ; c'est rapide, direct, immédiat ; cela se fait là : qui se pose des questions ? pas moi

peut-être la mer est-elle trop plate ? moins inspirée qu'en d'autres endroits ?

ou peut-être bien que je suis une montagne, émergée du sol et érigée jusqu'au sommet, dans l'espace ; statique et phénoménale

là haut, il n'y a que le vent ; ses fins cheveux balayés aux cimes forment juste le peigne des nuages

une perpétuelle méditation, mais pas sans respiration... c'est pourquoi j'en reviens aux vagues, et à leur remuement

pour, en nous, simuler le geste de la Création et pour, en elles, signifier la présence de la Vie

'sortir' ? cela se fait tous les jours ; cela se construit aussi : on se conforme à sa propre constitution et on s'emmène ; bravement, on s'entraîne

trouver des relais—des amours, des sororités,... ; des jalons, des repères... pour en de nouveaux lieux nous harmoniser et nous créer, à notre échelle, petitement, au coeur du géant

les mots en vis-à-vis

les migraines sont des sirènes d'alerte : elles recyclent les soûleries, les incontinences et les syncopes ; elles synchronisent en un cri l'absence de chaos précédant l'épilepsie ; elles épongent les vices et les conneries

elles informent sur nos poubelles ; lancinent comme des phares ou battent comme des drapeaux : quelque chose se précise d'in-apparent et de 'pas beau'

nous sommes le jour de la Lumière, et je vous parle de cave résiduelle, individuelle

nous sommes un jour de Gloire et de Liberté, et j'amoncelle ce qui, ici et autour, fait souci : j'entends les rumeurs et les polémiques aux environs ; je les susurre comme des poisons sans risquer de me raidir

je me vautre dans le glauque et patauge dans la fange : je n'éclabousse personne !

il me faut ce rituel pour entrer à la verticale de moi-même

les mots sont mes seuls vis-à-vis

des électrochocs de survie, des confessionnaux naturels, des amplificateurs de malaise : feed your demons ! ... qu'ils se taisent

j'embrasse ta peau ; elle me blesse ; elle me laisse un goût de menthe poivrée... qui m'endort

je m'éveille dans un autre monde : là où les chimères s'éteignent et où les zèbres sont tachetés de rouge et de vert

pour que je puisse passer 'dans lui'

un petit voyage, encore un ! encore un flot, encore un mot, encore une note !

mes expressions s'épuisent ; mon anonymat se grise ; ma peine se puise

j'imagine une barricade à escalader, puis un fossé à enjamber... vers la liberté !

une fois les reliefs franchis, un grand hêtre penché simule l'entrée ; il me sait 'folle'—en ce sens que les appels successifs m'ont déjà aspirée

alors, indulgent, il me demande... la clé de sa porte, endormie

je la connais, je la détiens—il y tient

je la débroussaille de ses nuitées et la lui tends en un coup de vent ; il se l'introduit... pour que je puisse passer 'dans lui'—sous sa peau, dans ses songes, dans ses veines, à l'intérieur de sa respiration

je ne suis nullement invasive, seulement possessive et excessive... peut-être

il se laisse faire, comme habité par une énergie stellaire, comme dissocié dans un foudroiement de soin

il se complémente en de doux massages sereins ; il se fait envahir par des vagues ascensionnelles qui rapidement le mettent sous tension

je n'ai que lui pour lumière, comme éclair et comme bourdonnement

j'en suis fière

contact

seconde bouée de la journée ; second appel à ne se soumettre à aucune humeur, à ne s'alimenter d'aucune aigreur, à ne gémir dans aucun couloir, à ne s'entêter dans aucune impasse

je peux "être" ce que je ne pense pas être ; je peux seulement "apparaître" et puis sombrer ; je peux aussi dépasser ce qui me poursuit... et donner

ne rien imaginer... et donner

sans rien attendre... donner

si je me plie, si je bute... c'est que je suis fermée—dé-saisie de mes pouvoirs, simples et souverains

si je m'agite et m'irrite... c'est que je me quitte, muette et dispersée, bâillonnée et volatile

alors vient 'le contact'—avec vous qui m'écoutez, qui me choisissez, qui me chérissez ou me haïssez

alors vient le moment du 'regard sur soi'—moins désastreux et moins idiot que le sien propre ; plus riche et kaléidoscopique que celui de n'importe quel lambda isolé ; plus attentif, silencieux, discret et unifié que celui de tous les méditants réunis... vous en êtes

je devine vos émois ; j'improvise vos gestes ; intérieurement, vous vous soulevez, vous vous grandissez ; vous suivez... entraînés, un chant particulier ; vous survolez, vous fendez, vous chatoyez... tout en haut de la planète

c'est là que je me faufile... sur un fil d'air ou de brume