de prime abord, c'est un astre ; circonscrit dans son aura et distant de moi
jaune solaire et enveloppé d'un éther blanc irradiant, il brûle constamment
en lui, apparents, des anneaux de plus en plus petits—marquant le creusement de la perspective
je suis ce tunnel de feu ; je l'emprunte courageusement, car il m'est étranger ; et cela, je ne sais pourquoi
c'est la joie... la simple joie, illuminée là, juste pour moi
environnée de chaud, dans le respect de ma personne, je progresse dans le vortex ; j'accède au 'duo' : car la nébuleuse est double
pas d'embrasement sans altérité
le nuage se combine à la manière d'une complexité cellulaire naissante ; j'entre dans la zone de fusion interstitielle
... et soudain 'je disparais' ! me pulvérise en myriades d'atomes libres
l'union crée le trois—mais ce ne sera pas moi, qui ne suis plus
"not one, not two"—j'apprends la Vie de l'univers
le trou de lumière attire les constellations noires : l'inverse du cosmique scientifique
il donne naissance au Soi... de l'autre coté de notre "moi"
une fois formé, le couplage se tient... au coeur de sa Joie à s'être révélé lui-même
l'une à l'autre identifiées, les entités sont immortalisées : "tu", c'est moi ; et plus profonde sera la rencontre, plus onctueuses seront les extractions de miel
je Te reconnais en moi comme un Autre venu à moi par lui, dans l'émotion première
je Te reconnais en toi comme ma signature céleste, advenue du tréfonds des significations
... qui m'échappent
lui, me donne à Toi—le Soi
lui, me traduit en Toi—mon Etre
les larmes s'installent, toutes plus brillantes les unes que les autres
l'union à lui me formule en Toi, sans discontinuité, sans grésillement, sans peur et sans résistance
je suis Moi—réunie au centre de ma sphère ouverte
lui s'accorde à Lui et se grandit comme moi : il touche 'sa Joie' à l'intérieur de moi
l'eau scintille en nos chakras, qui se relient en une Kundalini—prodige de l'énergie quand celle-ci investit la Vie
le magnétisme universel s'installe et prend possession de nos communions : nous devenons "Lui" ; l'astre cette fois nous engloutit
la Joie dans la Joie gagne nos organes sanguins et engorge nos canaux subtils : nous absorbons les Lois du monde sidéral sans orgie
cette Joie contenue là... dans nos yeux maintenus en suspens, en obsession ou en furie
soudain, la Pyramide promise, en son axe central !... sans refuge, nous nous véhiculons dans la puissance ascendante de son Athanor et nous nous diluons dans son élixir : celui du lien constant, venu de loin, depuis nos limbes d'enfants
cette colonne d'amorisation, voie du milieu, nous habite en chacun de nos voyages contemplatifs, assis ou couchés
à distance ou bien collés, nous faisons apparaître ce qui 'en elle' s'élève—de la substantialisation à la sublimation
... vers le Choeur qui nous attend, ou plutôt qui nous tient dans nos "reviens !"
tout en-dessous du rêve nocturne se trouve la liaison ultime, le fondement de la commutation : combien de fois me suis-je rendue là-bas ? quatre murs auxquels tu redonnais vie, sans que je te côtoie tout-à-fait
la Joie est logique—au sens où les synchronies font perception, au sens où les connexions se font selon les karmas sous-jacents
le tapis de la Joie n'est autre que le sans-fondement—celui de nos dynamiques en relation
il se vide et se remplit à chaque seconde ; il fuit et surgit là, devant moi, face à toi
son incertitude est pleine : elle est seule souveraine ; gracile, fragile, peu docile, elle est prétexte à nos décrochages et à nos immaturités
le Sage ne s'en embarrasse pas ; pour lui, naturelle, l'incertitude est une déchirure potentielle ; pour lui, bien réelle, l'incertitude n'est qu'une étincelle présentielle
la Joie énergétique s'environne de grains de raisin ; elle soûle à plein, ébouillante les terminaisons nerveuses et gonfle les glandes animales
plus intensément, elle pénètre le mystère de nos renoncements et le retourne en régénérescence de survie
plus radicalement, elle nous pratique et nous conçoit, pour veiller sur la sauvegarde de nos envies
au coeur du coeur du réacteur—incandescence sublime, métamorphose alchimique
je coule en moi, dans l'Amour brûlant ; et je meurs à ma vie, en son ordinaire ; littéralement, je nais dans mes corps, qui se dissipent dans les effluves maritimes
le sel, nourriture terrestre, nous retient dans nos os, nos eaux, nos oz... à l'infini
encore un peu d'instants sur cette Terre, inter-reliée et transcendée
je déborde de mes chairs pour la parcourir de mes pas, en volant ; pour m'enfoncer pied-à-pied dans le sable et écouter danser la mer bien au-delà de mon panorama
un soir, j'y serai, dans le vent claquant et j'accepterai que se referment les illusions, que me quittent les ardeurs et que s'harmonisent les flux tendus
je m'en irai "joyeuse" rejoindre le coeur du Créateur
mon nez me piquera ; le poivre me restera...