et toi, qui me lis peut-être...

'ouvrir le rêve' n'est pas toujours facile ; la descente est progressive... douce et profonde ; l'horizon incliné

je ne redoute jamais d'y pénétrer ; j'invente mille manières de m'y abandonner et d'y subsister

quand on ne sait de quoi l'on va parler, on colle simplement à la réalité ; celle de l'instant qui se présente... et on décrit

... ce qui se télescope dans notre pensée ; on laisse filer... tout en rattrapant dans le filet les plus belles formes à considérer

aussitôt saisies, aussitôt abstraites, aussitôt évaporées... les limbes ne sont emplies que de formes évanouies, entièrement dissoutes dans l'acide de nos vies

me retiendras-tu ?... que je ne me disloque pas dans toi, comme toi dans moi

les situations se chaînent et les faire exister, c'est en soi-même les engluer ; moment après moment, rester proche de notre réel est ce qui nous fait être au plus vrai de ce que nous sommes

la fatigue est présente, donc je la dis ; l'inquiétude aussi—qui ne se formule à aucun endroit précis

je voudrais 'achever', au lieu sans cesse de tergiverser, de tournicoter ou d'hésiter ; je voudrais seulement m'épancher et m'extasier, sombrer et jouir, détendre et confronter, contracter et réaliser

je voudrais obtenir... une renaissance juvénile, une puissance spontanée, un advenir inspiré, une vitalité apaisée

je voudrais manifester... la fleur épanouie et le fruit mûr, la météo d'été et les chaleurs nocturnes

je voudrais... vivre

... m'étendre et regarder, sourire et contempler, embellir et adoucir par le lien ce qui sinon s'éprouve 'mal', imparfaitement

je voudrais... remplir mon rôle, en avoir un—sans pression

tu te moques de ce tableau—idyllique en son principe, cliché en son essence, bon pour un clip !

j'envie la synchronie des êtres qui savent entre eux la tenir longtemps

j'envie la fluidité de ceux qui savent éclabousser leurs relations de rires éclatants

j'envie la vivacité de ceux qui savent entraîner leurs idées dans l'heuristique familière

je ne m'envie donc pas moi-même, mais je me pardonne gentiment, car je connais ma peine et mon effort, mon désintéressement, mon entrain et mon exactitude à percevoir les phénomènes vécus par d'autres

cette passion est une forme détournée de forage et d'introspection, de prise corporelle et de réceptivité transfuge

elle crée un don

celui de peindre les êtres autour de soi—de les camper et de les magnifier, selon leurs lignes de force et de vulnérabilité

une orgie à relativiser

un prétexte à communiquer

une circonstance à recommencer

et toi, qui me lis peut-être... je te vois en toi—que les énergies à mon endroit ont quitté

je te vois—alors que je ne parle apparemment que de moi et que les cimetières se taisent

j'ai su te montrer le meilleur et le pire—ou l'inverse, comme une évidence et un secret

je te demande de ne pas mourir là où j'ai semé... la curiosité et le trouble, le désir et le rejet

mes ébats sont les pauvres démonstrations de mes torpeurs à retrouver l'équilibre

rien de plus terrible que d'assister à la perte vivante de ce qui brutalement s'arrête de bouger, de respirer ou de parler

rien n'est plus suffocant que de se sentir viscéralement impliqué dans cet évènement

à cet instant, QUI nous prend ? QUI nous entend ? QUI nous défend ?

nous—bout de rien, capable de tout : de "bêtises", à l'infini de nous, car on ne se renouvelle totalement jamais

quelques uns ont su assister à ces épisodes au karma abyssal ; personne ne les identifie

d'autres encore n'ont pas eu besoin d'entendre la vérité ou sur elle de s'exprimer ; tout le monde les écoute

qui a raison ? ceux qui vivent ! rien ne vaut d'exhumer les ombres, si ce n'est pour les désenfumer

et les coeurs retombent dans leur enclave, bien serrés là où il faut, à gauche de la poitrine ; ils n'en peuvent plus de donner

et les soleils inondent les densités ; et les couleurs jaillissent de nos psychés ; et notre sentiment d'être léger contamine nos altérités : que peut-on faire pour elles ?

si ce n'est 'rester proche de notre réel' ; ne pas décrocher et s'abstraire des porosités avec le passé, maintes fois revisité

donner ; anticiper et donner ; prendre de court ce qui sinon nous écroulerait et, immuablement, générer... ce qui communautairement fait du bien

ce que tu conçois pour l'autre, l'autre te le grandit

ce que tu transmets à l'autre, l'autre te le rend—en différent

acteur tu es de tes choix, noirs ou blancs ; acteur tu es de ce que tu insuffles, et qui est reçu

la relation est la possibilité d'une résilience dans le présent ; la relation actuelle, généreuse, régénère la relation d'antan, funeste

on n'existe que par l'aube qui nous mène, tant que s'alignent les signes de notre légitime survie

alors, rien ne s'éteint ; alors on tient ; alors la vie vient... et revient

ainsi ne vise-t-on aucun recommencement, mais évite-t-on les solutions trop létales

ainsi, encore, les sensibilités s'émeuvent-elles et, chaque '24 heures', les nuits s'éveillent-elles

immensément