aux heures de l'aube, la mer est violette : mystique ou psycho-spirituelle
à celles du jour, la mer me guette ; c'est une antre géante et sereine : une mère aimante et une reine
le soleil se trouve désormais au zénith de sa vie à l'orée de terre ; la lumière à pic est brutale, nette, et les ombres naines
je m'isole de la plage pour me retirer dans la forêt—plus humide et fraîche, plus absorbante et mystérieuse
j'y retrouve les eucalyptus en fleurs et mes amis les koalas—ceux-là mêmes qui dans mes rêves m'écoutent et qui de leur lenteur me freinent
partir là où l'anxiété depuis la matinée nous a installée, puis traverser le gué de l'autre côté et aller se reposer, avant de ré-émerger—cette fois mieux 'composée'
le sommeil dans le corps permet aux planètes en orbite de se stabiliser selon une trajectoire à la ligne lisse
le sommeil dans le coeur répare des pleures intérieures quand celles-ci déversent des tonnerres et des leurres
les misères ne se relèvent qu'en agissant dans des bains d'huiles essentielles
les artifices ne se défont qu'attendris dans des miroirs profonds, à l'abri de vasques emplies d'eau de source
cela sent bon
cela 'se prend'—comme une prière ombragée, une virilité offerte ou une pluie de vinaigre
cela s'engage dans un désert, couvert de coton et bruissant de papillons
les harmonies y fuient et investissent les pentes ; tout paisiblement y glisse vers la fin : c'est le périple doux du grain de sable
à la surface de la dune, pris dans le vent, il roule, il cavale ; dans son épaisseur, étouffé parmi les siens, il réfléchit ou hiberne
l'élément mollement transite et se déplace, infailliblement mute et voyage
ses courbes, rampantes et sinueuses à la crête, dessinent des tracés de serpent : est-ce un signe ?... de quelque chose de prometteur, ou simplement d'agile, souple et pénétrant ? une invitation
je me retiens de penser à l'autre : quel autre ? j'immerge les orchidées
...
ici le rêve s'arrête—percuté par celui d'autrui, pulvérisé dans le soin donné : nos enfants intérieurs sont tous les mendiants de notre amour et les soldats de nos destinées : ils possèdent, une à une, toutes les clés des pièces sombres de nos psychés—s'ils veulent bien se montrer
mon enfant aussi, peut-être, l'ai-je aujourd'hui beaucoup oublié ? mais je sais qu'il vit sa vie tranquille dans les limbes de ma pluralité
il ne m'affole plus ; il me console même ; il ne veut plus de lui-même—et de ses parents blêmes
il se faufile à peine au temps de sa grand-mère—qui l'aime, le long de larges allées au gravier bois de rose et râpant
le Versailles de mes toutes jeunes années ne doit rien au roi soleil : il décharne les silhouettes et éponge les inconscients
il s'afflige des mères, pugnaces : elles-mêmes des enfants délirants ; et vire les pères, inconsistants : l'absence ne pêche que par excès
quelles pensées dans la jardinière ? quelles vocations sur les ondes ? quels poisons sur le gazon ?
je m'épuise à attaquer ce qui fait ma fusion et m'embarrasse de visions similaires
la mer, c'est certain, vite me reprendra, pour un prochain accouchement ou pour une tisane de verveine
la mer, initiale et première, referme ce qui ne s'élance pas assez loin... en remontant le chemin
mais la mer, seule, me suffira comme 'départ'
elle ensevelira les arguments d'une biographie rayée, balayée, résiliée, effacée : je me suis quittée moi-même
plus de liquide pour le passé ; plus d'énergie pour se raviser ; plus de sens à se réconcilier
le prochain qui partira sera gracié, exempt de chaînes, souverain en sa liberté : "famille ! les uns les autres, nous ne nous appartenons pas"
je vous veux loin de moi—'proches' peut-être, mais dans la seule Lumière : plus de torpeurs, plus de stagnations, plus de fièvres, plus de dangers, plus de dessous, plus d'insanités
je me relève seulement de mes pleures, de mes transes et de mes aberrations ; alors, laissez-moi
quel autre ? qui songe à ma peine, qui me prend dans ses bras, qui me secoue en l'état ou qui essuie la graisse sur moi
quel autre ? pour voir au travers du trou noir et pour briser les champs transparents
... et si ce fantôme par enchantement disparaissait ? et si cette ombre sur place se consumait ? plus d'autre... plus de toi... plus de moi...
que des chaînes laissées là, au bas du mur de la vie virtuelle
que des chaussettes au sol abandonnées, dans la boue des paradis artificiels
la fatigue inonde les télévisions et désarticule les phénomènes
je m'emmène... dans mon lit de vicissitudes et de turpitudes
je me traîne les yeux tremblants, les mains agiles et les pieds gonflés
l'effet 'multivers' pour ce soir ne sera pas : l'horizon est uniforme et plat et les reliefs s'estompent dans les perceptions
on ne dira plus comme avant : "j'espère"... et encore, uniquement, on dormira—sans plus d'alliance, ni de repère
puis, on se disloquera en dehors de personne, et on s'acclimatera à l'autre ordre psychique : celui du Soi
alors on se dira : "quelle merveille !"
on descendra dans sa propre présence et on rendra le deuil de ses émois
ce sera 'roi', comme si tout dans le paysage se désagrégeait, pour réapparaître en mieux exercé, en plus adroit, en plus éclatant, en plus blanc
je me serai offerte à cela—sans défiance et sans compliment
je suis 'roi'