qu'as-tu fait ?

une réserve... de munitions, de rêves, de talents, de vins ou de fraises, c'est une colère dans la mémoire d'une fleur, une rétention dans l'épaisseur du verbe

une réserve, c'est une information virtuelle bloquée sur le sillon, une donnée errante dérobée à son propre corps, une aube espérée absente à la rencontre, une promesse précieuse neutralisée dans son formol

une puissante vitalité qui s'encapsule dans un simple bocal

... et peut-être une lente agonie qui se prolonge jusqu'au 'sans vie'

quel serait le canal de la voix que l'on donne ? pour se rendre audible et crédible

quel serait l'intérêt d'une audience pour nous-même ? nous ne voyageons que dans nos vies multiples aux frontières étanches et aux cadenas rouillés

que veulent entendre les gens ? des récits sublimes comme des films, à l'intérieur desquels ils seraient 'acteurs' d'un peu de présence et de sens, d'un peu d'amour et de soulagement

des gestes volontaires et des plans serrés ; des écueils acceptés et des épanchements sincères

des montées, des efforts, des accessions, des victoires et des triomphes pour d'éternelles retombées

des erreurs, des obstinations, des consciences, des retranchements et des cabales pour une renaissance certaine

des nostalgies, des auditions, des essais, des générosités et des exigences pour une oeuvre d'exception

des pénibilités, des affranchissements, des hésitations, des latences et des fulgurances pour jamais de destinée

qu'as-tu fait ?

si je savais que faire ?

absolue timidité, coeur rentré, mains serrées, moiteur transpirée, frissons piqués

le corps se raconte en un retrait : 'le faire' engendre la peur ; 'l'agir' au clair déclenche la terreur d'apparaître

l'autre, anonyme, ne nous rejoindra jamais... là où l'on est ; ignorant, il se trompera d'origine et manipulera nos rigueurs comme autant de combines

d'espoirs, on passera à malversations ; les déformations ne procurent aucune peine à celui qui les agite et les malmène

les miroirs sont par trop affligeants ; les messages n'arrivent pas à destination du commun des gens

pour que cela reste grand, cachons et ex-filtrons nos contenus aux moins mortels des sages et des truands—à ceux qui savent vraiment... le goût de la mer

ce qui sera pérenne s'ouvrira au bon moment

ce qui devra disparaître engloutira définitivement son auteur, et ses rumeurs

il y a l'enfance—recluse dans une chambre menaçante, sous les coups attaquant directement les plaies

il y a aussi 'l'après'—par la voix in-communicant, vierge, inadapté, asocial, déprimé ; dedans, c'est si pur, si blanc

l'inaptitude se prolonge comme une trace de sang éraflée sur un mur géant

... elle veut la mer

rien encore n'est écrit, et pourtant le titre déjà existe—exigeant, volontaire, trépignant : 'enfant'

et oui, je le serai restée—pour ma plus grande respiration, mon ultime exaltation

prendre l'air à plein poumon, et le descendre dans ses veines : s'établir dans de doux vertiges et voir l'espace en grand !

pas comme maintenant

mes plantes tapent à la fenêtre : elles filtrent le soleil qui jusqu'à elles brise le verre

je suis comme elles—sous la cloche de ma peine, que j'ai disposée moi-même

mes plantes s'alignent tels des soldats—chacune en son état, pour un bout de ciel, juste au-dessus de la petite place, à côté du marché

elles sont fidèles, car vivre ici est une gageure ; elles sont aimantes, car amoureusement arrosées ; tournées vers le dedans de l'appartement, elles apprennent à me rester 'belles'

je fais un peu comme elles

quelle part de moi veux-tu ? que je te montre l'autre côté

ce qui est trop concordant s'amenuise en dansant ; ce qui dissone allonge l'histoire et prolonge la mémoire

j'ai grandi

à partir du moment où l'on ne vous abat pas, vous continuez... à errer, à bercer, à hurler, à créer

à partir du moment où l'on ne vous embrasse pas, vous poursuivez votre longue distraction, votre lente improvisation

... d'une main, sans que personne n'en sache rien

j'ai besoin

je vous veux du bien, même si j'écris du mal ; je vous veux présents, même si je mesure votre désir d'une simple compréhension

je soupèse les attentes et divague entre les idées : c'est la vie de la psyché, par défaut... quand physiologiquement connectée aux entrailles

j'entrelace les démons et me rattrape en Agapé—tout doucement neutralisée

mes forces soudain s'interrogent : je comprends ! ce qui à l'époque l'avait rendu si résistant et muet : il nous voyait partir toutes les deux du 'même côté'—comme une seule et même trahison non-coordonnée

aujourd'hui, le climat est autre ; aujourd'hui, j'assume assez tranquillement mes deux liens : j'ouvre l'espace pour que tout le monde y tienne et y revienne

je ne décide rien—surtout pas ; entre mes mondes, tous inexistants, je n'ai que moi à récupérer en méditation

les sages vous diront qu'ils ne lévitent pas, mais moi, je le fais... sans échapper, ni trouver quiconque en personne

une joie qui s'aime elle-même

que sais-je de la Joie ? c'est un astre froid

une planète maudite, un coude dans la régénération—qui éconduit assurément à la mort ; j'en prends le chemin

la Joie n'existe pas ; je la provoque en vain... elle grandit dans l'équivoque et dans le chagrin

je la lave de mes cheveux trempés et me mouche dans sa commodité

les gens se disent "joyeux", "heureux"—ou pas ; mais que connaissent-ils d'eux ?

on vit sur des 'bouts de nous', qui se dissolvent au hasard et nous perdent en notre milieu

les coïncidences sont des miracles de substitution et les harmonies des merveilles de compensation

tout est faux ! surfait

la Joie n'existe qu'en elle-même—en tant que non-expérimentée de moi, inaccessible dans sa superbe

autosuffisante et brillante, elle se satisfait—sans que j'y entre sincèrement

elle se dynamise au sein de sa propre révolution ; elle se gargarise de ses propres projections ; son ego penche à demi

au coeur de son coeur, je ne m'intègre pas : elle ne me digère pas ; ne s'ouvre pas, ne sourit pas, n'accueille pas

mon nez me piquera

de prime abord, c'est un astre ; circonscrit dans son aura et distant de moi

jaune solaire et enveloppé d'un éther blanc irradiant, il brûle constamment

en lui, apparents, des anneaux de plus en plus petits—marquant le creusement de la perspective

je suis ce tunnel de feu ; je l'emprunte courageusement, car il m'est étranger ; et cela, je ne sais pourquoi

c'est la joie... la simple joie, illuminée là, juste pour moi

environnée de chaud, dans le respect de ma personne, je progresse dans le vortex ; j'accède au 'duo' : car la nébuleuse est double

pas d'embrasement sans altérité

le nuage se combine à la manière d'une complexité cellulaire naissante ; j'entre dans la zone de fusion interstitielle

... et soudain 'je disparais' ! me pulvérise en myriades d'atomes libres

l'union crée le trois—mais ce ne sera pas moi, qui ne suis plus

"not one, not two"—j'apprends la Vie de l'univers

ultime 'tout'

on arrive au bout... des lignes de ce rêve hypothétiquement ouvert, pour une fin

on arrive, sans se dire 'quoi penser' : juste franchir, passer de l'autre côté et sauvegarder l'image brouillée du passé

toutes ces énergies qui n'ont pas construit

toutes ces narrations qui n'ont pas conduit

toutes ces vues qui n'ont pas perçu, au-dessus

tous ces horizons qui orageusement se sont bouchés

la foudre est tombée... directe et fraîche, acide et fatale, intrusive et létale

ce ne sera pas moi—qui fermerai la voie, qui aboutirai l'animal, qui clôturerai le mal ou endiguerai la mer

je suis un vent : je pars

je suis un souffle : je m'enraye

à bicyclette, je m'envole—mes E.T. autour de moi ; l'autre demeure à ses propres voiles harnaché et me regarde : il contemple mes indiscrétions, remonte les courants et participe de l'inaccessible

les mots en vis-à-vis

les migraines sont des sirènes d'alerte : elles recyclent les soûleries, les incontinences et les syncopes ; elles synchronisent en un cri l'absence de chaos précédant l'épilepsie ; elles épongent les vices et les conneries

elles informent sur nos poubelles ; lancinent comme des phares ou battent comme des drapeaux : quelque chose se précise d'in-apparent et de 'pas beau'

nous sommes le jour de la Lumière, et je vous parle de cave résiduelle, individuelle

nous sommes un jour de Gloire et de Liberté, et j'amoncelle ce qui, ici et autour, fait souci : j'entends les rumeurs et les polémiques aux environs ; je les susurre comme des poisons sans risquer de me raidir

je me vautre dans le glauque et patauge dans la fange : je n'éclabousse personne !

il me faut ce rituel pour entrer à la verticale de moi-même

les mots sont mes seuls vis-à-vis

des électrochocs de survie, des confessionnaux naturels, des amplificateurs de malaise : feed your demons ! ... qu'ils se taisent

j'embrasse ta peau ; elle me blesse ; elle me laisse un goût de menthe poivrée... qui m'endort

je m'éveille dans un autre monde : là où les chimères s'éteignent et où les zèbres sont tachetés de rouge et de vert

avec mes mains posées

l'écran est blanc ; moi aussi, dedans... ; j'écoute les paroles : "regardez-moi !... voilà... voilà... voila..."

et je souris ; pourquoi ?...  c'est l'écho, d'elle à eux ; et de vous à moi

quelque chose 'revient' dans ce corps tout fin, dans ce geste balancé, dans cette vocale précise et assurée

quelque chose que je ne suis pas ; ni dans la tonalité lâchée, ni dans la variation coulée

elle ose, tant pis ! elle se lance... pour retomber en vous—qui pâlement la reflétez et qui euphoriquement l'applaudissez

j'aimais la scène

avec vous je communiais chaque fois

passée de l'autre côté ; celui de l'écrit... qui, à voix ouverte, vous lit

ma question : peut-on AIMER, avec ses mains, celui qui porte son histoire à bras-le-corps ?

les illusions m'encombrent

j'écris comme 'je désire'

chacun a beau vivre dans sa cellule, chacun rêve de l'autre dans les replis de sa candeur ou de son anxiété

on est tous des êtres rapprochés et isolés, doux et acariâtres, graciés et condamnés

on est tous un peu soi-même 'mélangé' dans l'incertitude des situations et dans le chaos ambiant

on s'endort sans savoir complètement et on se réveille encore plus dans la confusion

notre porosité produisant mille reflets attractifs illusionne notre carapace dorée et nous plonge dans la mousse

je suis le crabe qui veut survivre à cela, sans s'ébouillanter dans la vase

je suis aussi le sphinx qui considère tout cela en maître, et règne sans hésitation

je suis la présence et l'absence, l'envers et son contraire dans les perceptions que je véhicule

et je t'habite en clignotant—une alerte qui se grippe constamment, une extinction qui sursaute imprudemment

tu

tu t'arrêtes à mes côtés et me demandes ce que mon songe éveillé m'a apporté

tu t'adresses à 'mon entité'—celle qui nous enlace

l'écrit te vit

si tu te demandes, c'est que moi aussi

ne soyons pas imprudents ; laissons voyager... les impressions, comme le mistral, chargé de grains salés

laissons reposer le quale—la qualité, l'expérience et la subjectivité

je rêve ma vie future en un azur tourmenté par la volupté de la dune et de l'océan

des nuages de traîne comme des voiles fous de mariée, des cheveux enlacés comme par le vent malhabilement tressés, des pas de géant sous l'impulsion iodée de l'inspiration, des rires en pleures comme si l'émotion avait trouvé le nord

aurai-je la force de traverser ce qu'il me reste de chemin jusque là ? et de me bouleverser aussi loin de moi, là

j'écris précisément ce qui m'arrive quand mes pensées encore veulent vivre, quand mes désirs encore se montrent vifs

quand je m'isole dans l'avenir—possible, si dans ma vie, il est bien prévu ; inimaginable, si dans l'écart, il est trop éprouvé

quand je me réfugie dans le deuil de la mort—à violemment me poser dans l'opposé, à éternellement renaître et m'exciter

non, comme l'enfance agitée, mais comme le 'sans-âge' décomplexé—une interrogation lentement surmontée, une résolution soudain libérée ; un linceul subitement ensauvagé dans sa matérialité, si légère en cet endroit

moi, l'homme

le manque, et c'est tout

pour te le dire à toi, affairé là-bas

pour l'entendre de moi, hirsute et veuve

la musique ne m'apaise pas ; elle poursuit ses propres rêves, étrangers aux miens bouleversés

je ne prends pas la mesure des pas d'aujourd'hui... puisque personne avec moi ne les écoute

les échos sont vides : le travail se fait loin de moi—qui persévère dans mes émois

mon entêtement à en découdre 'ici' me portera-t-il un jour vers eux ?

j'enroule une pelote grise, de la couleurs de ses yeux quand ils regardent l'océan

je ne sais 'qui' il est, mais je le pense solitaire et nomade, aventurier et écrivain

je ne le connais pas : je ne possède que ses yeux, enfouis dans le sac-à-vent que je trimballe depuis mes dix ans

je ne le connais pas, mais je soupçonne qu'il m'aime bien—par familiarité ou par obligation

jamais tout à fait 'entiers'

tout ce qui est (encore) confus rend vivant ; tout ce qui émerge dans la charge incarnée et n'irrigue pas assez finement les neurones se perd dans le poids de l'émotion

je suis ainsi... en présence de "lui"—l'être, l'homme, l'humain, venu tout droit du chemin de la découverte et de la préhension

c'est ainsi que la neuro-dynamique s'exfiltre de nos 'corps vécus'—de nos attentions, nos perceptions, nos émotions, nos intuitions, nos sensations, nos somatismes, et que les formulations mathématiques de notre génération s'énoncent dans les sables doux, avant d'accaparer tous les tableaux noirs de la science

c'est ainsi que celle qui ne comprend pas fondamentalement la mathématique tente néanmoins de se glisser dans les-dites Lois de l'incarnation

d'une manière 'non-duelle', expérientielle, en état de présence altéré—amplifié, densifié, décuplé

d'une manière symbolique faisant appel à la représentation créatrice—formelle et onirique

les synthèses sont simples ; les langages poreux et les intentionnalités convergentes

les communions sont palpables et prégnantes, holistiques et remarquables

les émergences nous prennent en des sens de synchronies universelles

nous sommes 'donnés' à connaître... la "psyché de l'univers" : l'envers de nos vies, le nerf de nos mobilités, le sans-fondement de nos vitalités

l'aurore à nos côtés

et si la musique manquait à mes textes ? pour qu'ils soient ce qu'ils sont en vrai

il y en a peu parmi vous susceptibles de pouvoir se diriger jusqu'au bout de ces champs minés

peut-être même, n'ai-je qu'un seul lecteur ?

aguerri au tout terrain de la vie psychique, dès lors que celle-ci traverse ses propres morts plusieurs fois dans une vie

je lui adresse ma complicité et mon ronronnement

vivre et mourir, c'est chaque instant ; pourquoi vivons-nous dans l'illusion d'une solidité qui nous fonderait ? pourquoi nous a-t-on désappris le sens même du phénomène que l'on est ? pourquoi, depuis enfant, s'entraîne-t-on à ce point aux mentalisations linéaires de nous-mêmes ?

les civilisations ont tout faux

elles cristallisent ce qui dure et s'enchaîne, dans des mouvements de rupture franche ou de fuite en avant ; elles émergent, oui, mais s'attardent sans disparaître complètement : les travaux de mémoire font le reste

elles traduisent ce qui n'existe pas... l'identité fixe, l'autonomie stable, la nature immuable

ce "je ne sais" qui me tue

puisque tu ne m'écoutes pas, j'ai envie de te parler... alors que je n'ai plus rien à dire

ma face est saisie ; mes bras sont raidis ; le sang me quitte les jambes... je ne suis plus d'aplomb

comment savoir au-delà de ce que l'on voit ? comment faire sien un paysage qui n'a pas notre 'nature'

les singularités des mondes se subdivisent et, entre elles, aménagent des frontières, amoncèlent des murs

quelque chose d'impénétrable au regard, d'impréhensible à la sensibilité, d'hermétique à la raison

je ne te connais pas—ou qu'à partir de moi

je ne connais pas toutes les lois... qui président à nos enfilades de destin ou d'instantanéité

je ne connais pas les autres en toi—tous ceux que tu portes dans ta sacoche, au bord de tomber

vous mutualisez des morceaux de chair et des lambeaux d'information ; tu gardes un peu d'eux sur ta peau et dans ton cerveau : tu les somatises discrètement, tu les mentalises sommairement ; ils te savent incomplètement nettoyé de leur présence, de la même manière que tu les soignes en te soignant

les liens d'antan se dissolvent dans la réciprocité karmique—qui peu à peu brûle et se consume, heureusement

quelque chose disparaît... pour de bon !

et toi, qui me lis peut-être...

'ouvrir le rêve' n'est pas toujours facile ; la descente est progressive... douce et profonde ; l'horizon incliné

je ne redoute jamais d'y pénétrer ; j'invente mille manières de m'y abandonner et d'y subsister

quand on ne sait de quoi l'on va parler, on colle simplement à la réalité ; celle de l'instant qui se présente... et on décrit

... ce qui se télescope dans notre pensée ; on laisse filer... tout en rattrapant dans le filet les plus belles formes à considérer

aussitôt saisies, aussitôt abstraites, aussitôt évaporées... les limbes ne sont emplies que de formes évanouies, entièrement dissoutes dans l'acide de nos vies

me retiendras-tu ?... que je ne me disloque pas dans toi, comme toi dans moi

les situations se chaînent et les faire exister, c'est en soi-même les engluer ; moment après moment, rester proche de notre réel est ce qui nous fait être au plus vrai de ce que nous sommes

la fatigue est présente, donc je la dis ; l'inquiétude aussi—qui ne se formule à aucun endroit précis

je voudrais 'achever', au lieu sans cesse de tergiverser, de tournicoter ou d'hésiter ; je voudrais seulement m'épancher et m'extasier, sombrer et jouir, détendre et confronter, contracter et réaliser

je voudrais obtenir... une renaissance juvénile, une puissance spontanée, un advenir inspiré, une vitalité apaisée

je voudrais manifester... la fleur épanouie et le fruit mûr, la météo d'été et les chaleurs nocturnes

je voudrais... vivre

les eaux

les grandes eaux n'en peuvent plus de ne pas s'éteindre ; elles s'attardent dans l'âge ; elles attaquent le hasard

quelqu'un viendrait-il les considérer ? une main chaude qui s'égarerait dans la fluidité d'un regard

on ne vit que deux fois : une première fois innocemment dans l'exigence, et une seconde fois rugueusement sans s'émouvoir

les eaux, elles, ne renoncent pas ; elles accrochent un bout d'espoir, un espace sous tension, une perspective d'altérité

elles répondent à qui ne veut pas les voir ; et immolent le corps qui n'envisage, lui, que de se reposer

elles l'indisposent en dénaturant ses tissus pour qu'ils produisent encore davantage de fluide odorant

... jusqu'à noyer les sentiments

... jusqu'à submerger les rives encore existantes

... jusqu'à faire dévier les fleuves et les courants, ralentir les horloges et les cadrans

... jusqu'à faire dériver les radeaux de survie dans de vertes prairies, là où jamais ne s'alignent ni les fougères, ni les champignons

... jusqu'au délire le plus suprême, à l'enfantement le plus amère

à partir de ce qu'il restera de nous

un écran blanc, des lettres noires et un film qui méthodiquement se développe ; y a-t-il encore de la bobine ?

ma virginité n'en viendra pas à bout ; c'est un puits sans fond

ma transparence n'en suspendra pas l'impression ; c'est un mythe vain

on ne parvient jamais à rien ; l'horizon de notre sphère terrestre... toujours plus loin... pour revenir au point d'antan : une naissance ou un enterrement

les cycles s'adaptent ; les systèmes "se sèment" : ils s'engendrent, autant qu'ils se rejettent eux-mêmes

c'est l'évolution

mon enfant, mon rejeton, attend que ma mort me domine

quelque chose respire dans tout cela : s'ouvre et se ferme ; ce qui vit emprunte les atomes du passé pour actualiser ceux du présent

les dynamiques se rechargent, ne faisant apparaître les phénomènes que dans l'explosif, le furtif et le disruptif

on ne retient rien ; tout file bien loin ; nous ne nous voyons pas 'nous écouler', mais pourtant, en nous, tout s'infiltre et se ré-identifie à l'identique, reconstituant notre réseau à la mesure de notre âge et de notre santé

pour que je puisse passer 'dans lui'

un petit voyage, encore un ! encore un flot, encore un mot, encore une note !

mes expressions s'épuisent ; mon anonymat se grise ; ma peine se puise

j'imagine une barricade à escalader, puis un fossé à enjamber... vers la liberté !

une fois les reliefs franchis, un grand hêtre penché simule l'entrée ; il me sait 'folle'—en ce sens que les appels successifs m'ont déjà aspirée

alors, indulgent, il me demande... la clé de sa porte, endormie

je la connais, je la détiens—il y tient

je la débroussaille de ses nuitées et la lui tends en un coup de vent ; il se l'introduit... pour que je puisse passer 'dans lui'—sous sa peau, dans ses songes, dans ses veines, à l'intérieur de sa respiration

je ne suis nullement invasive, seulement possessive et excessive... peut-être

il se laisse faire, comme habité par une énergie stellaire, comme dissocié dans un foudroiement de soin

il se complémente en de doux massages sereins ; il se fait envahir par des vagues ascensionnelles qui rapidement le mettent sous tension

je n'ai que lui pour lumière, comme éclair et comme bourdonnement

j'en suis fière

ma vacuité

du vent ; un semblant d'annonce, et puis plus rien

la vacuité peut être 'pleine'—dès lors qu'elle dynamise et grossit les phénoménalités au fil d'un flux changeant

la vacuité peut être 'vide'—dès lors qu'elle n'accroche rien d'autre que son ombre portée, sans relier, ni générer

la mienne pique-nique dans les pâquerettes, s'attarde dans les forêts, flâne dans les blés, savoure les ciels et s'adonne à la bicyclette

ma vacuité ne veut pas entendre parler de sa condition vaine et démodée, fade et fanée ; elle s'illusionne dans le présent et le fait 'émerger' !

elle est machine-à-broyer l'ascèse et l'ennui, le doute et le tourment ; elle active mes aléas de parcours et désamorce mes bombes au long court

elle permet à l'existence de naître et de se renouveler, de semer et de germer ; de se flétrir et de se ressourcer, de désespérer et de réapparaître

elle embarrasse les complexités faciles et facilite les gratuités anodines

tenace, à l'identique et authentique, elle se reproduit—indifférente

... aux commentaires et aux sermons, aux thèses et aux dictons

son venin n'est rien

un essaim... de cristaux de neige, de plumes colorées, de paillettes de glace, de duvet blanc... de sommeils profonds

c'est coton ; c'est doux ; c'est léger ; c'est ralenti ; c'est zoomé ; c'est amorti ; c'est ressenti

cela vole dans l'air et tournoie en arabesques ; cela prend son temps et s'éveille lentement

brusquer ne permettrait pas de dissoudre le grain, de fusionner l'énergie, de désagréger la forme... romantique et absurde, naïve et poétique

un geste abrupt ! et la magie de la suspension s'évanouirait

là... on s'étend dans l'épaisseur moelleuse du gazon, et dans celle nourrissante de la volupté

c'est l'éprouvé d'une dilatation toute en transparence, d'un miroitement tout en brillance ; c'est l'épopée libre de l'âme, quand, sans ses jougs, celle-ci divague à sa propre envie ou folie

rien ne m'est imposé : je diffère les contraintes terrestres, jusqu'à préférer écrire à manger, câliner à dormir, marcher à parler

les volutes s'inscrivent dans la continuité de cette digression qui les laisse transparaître éphémères

et je m'enfouis ; et je m'extrais ; et j'apparais ; et je grandis ; et je m'allonge ; et j'atteins... ce qui jamais tout à fait ne s'éteint, ni ne rechigne spontanément à se manifester

contact

seconde bouée de la journée ; second appel à ne se soumettre à aucune humeur, à ne s'alimenter d'aucune aigreur, à ne gémir dans aucun couloir, à ne s'entêter dans aucune impasse

je peux "être" ce que je ne pense pas être ; je peux seulement "apparaître" et puis sombrer ; je peux aussi dépasser ce qui me poursuit... et donner

ne rien imaginer... et donner

sans rien attendre... donner

si je me plie, si je bute... c'est que je suis fermée—dé-saisie de mes pouvoirs, simples et souverains

si je m'agite et m'irrite... c'est que je me quitte, muette et dispersée, bâillonnée et volatile

alors vient 'le contact'—avec vous qui m'écoutez, qui me choisissez, qui me chérissez ou me haïssez

alors vient le moment du 'regard sur soi'—moins désastreux et moins idiot que le sien propre ; plus riche et kaléidoscopique que celui de n'importe quel lambda isolé ; plus attentif, silencieux, discret et unifié que celui de tous les méditants réunis... vous en êtes

je devine vos émois ; j'improvise vos gestes ; intérieurement, vous vous soulevez, vous vous grandissez ; vous suivez... entraînés, un chant particulier ; vous survolez, vous fendez, vous chatoyez... tout en haut de la planète

c'est là que je me faufile... sur un fil d'air ou de brume

immortellement 'offerte'

4h53

les lisières n'ont pas donné leurs lois ; je ne les ai reconnues que pour mieux me préserver ; douces et hiératiques, elle ont enveloppé l'endroit

pas un pas

les années... les années ne nous rassemblent que pour nous confondre et interrompre les origines, devenues troubles et fantasques

je me souviens pourtant de mes jours passés, quand les promesses me laissaient rêver, quand muette, je traversais les épaisseurs et les résistances de l'humanité à laquelle j'aspirais

désormais mise au tapis, cette vie coule précieuse et insignifiante entre mes doigts toujours mal agiles

je n'exhorte personne à me regarder—trop embrouillée

j'invite quiconque à rester 'centré', avant d'investir en ces quelques lignes, l'incertitude qui me ronge, la gravité qui me scelle et la liberté qu'il me reste

immortellement 'offerte', je suis

les flaques d'eau salée parsèment le banc de sable où je me suis échouée, sans pouvoir rien suspendre de ma déchéance annoncée

je continue de voyager ; sans personne, je poursuis mon unité... en relation avec l'éternité peuplée—pour moi, re-naturée

régénérée dans l'appel, je réponds à ma démesure, pondérée

quelle journée ?

un réveil hasardeux, une envie disparate, l'impression de vivre plusieurs temps à la fois et aucun absolument

les peurs nous font fondre devant l'obstacle ou face à l'enjeu : disparaître, se dérober, se désister, ne pas honorer... ce qui profondément nous divise et nous enlise

une alerte comme une tempête dans un verre d'eau, comme un éblouissement agressif, une palpitation affolée, une enflure prête à éclater, un caillou qui nous chicane la plante du pied : on ne fait qu'y penser

ça chauffe, ça brûle... sans apparaître véritablement, fixement, définitivement

ça peut partir dans toutes les directions et s'évanouir comme un rêve tout juste éteint

c'est strident comme le cri et accéléré comme le pouls ; l'inquiétude n'est ni sournoise, ni discrète : elle éclate sa joie ! de nous habiter comme une toute première fois

on se prépare sans pression ; on se cale sans présupposition ; mais on connaît les mauvais pas, les fausses routes et les vains sentiments

on sait qu'avant on était différent et que ce qui nous importait désormais ne compte plus de la même manière : une révolution

mes implosions furent violentes et longues, signifiantes et handicapantes, semi-conscientes et consternantes

s'il y a un moyen de ne pas s'aimer, c'est bien de les considérer ; de leur accorder l'importance que je n'ai plus aux yeux de moi-même, en tant que noyée, survivante au danger

feed your demons

un moment de réconfort, là où se déverse toute la tendresse de nos heures passées—retenue, compressée, abandonnée, oubliée

parce que l'angoisse des fois présente se fait plus prégnante que le coeur et l'ardeur

parce que le caractère des fois se manifeste plus volontaire que l'attention et l'écoute

parce qu'on coupe !

on s'afflige et on s'inflige... des punitions en s'empêchant de vivre dans sa propre respiration : on la dévie à l'envie, et on s'ennuie

... à ne plus sentir ce qui nous meut, nous creuse ou nous recompose

absent, on s'inscrit "absent" ; on renonce à nos droits et on défie nos devoirs ; on n'argumente même pas ; on accentue notre effacement, on hausse notre ricanement et on abaisse notre pulsation

notre identité s'estompe au profit de notre fantôme, qui n'attend que nous pour dans les limbes exister et errer

on affaiblit notre forme pour la dissoudre dans le sel caustique des flux mutants

on disparaît dans les gémissements pour surtout ne pas devenir "plus grand"

on s'endeuille de misère et de sacrifice, de grimace et de dégoût : notre candeur perd de sa blancheur et de sa fraîcheur ; on se rétracte comme un nautile dans sa gangue millénaire, comme un fossile dans son ancestral mystère

dans les miroirs, on ne voit plus que soi—à mille reflets pâles et discrets, à mille silhouettes tristes et pliées

mon premier texte qui revient

et si je ne disais rien

écoutons la façon dont je m'éprends à l'oreille de mes propres mots

contemplons l'horizon chaviré par la tendresse des sons et la naïveté des impressions

il bouge en rythme : il manifeste les pulsations encore vives de ma raison

c'est beau, peut-être flou... de trop de vapeurs emmagasinées par les années

c'est plein et vétuste ; ça crie à l'envie... ça refoule l'agonie

ça danse comme un futur en rut, comme une impatience en suspens, comme une genèse en frustration

... je m'alimente des relents passés pour amorcer ce qui ne se négociera plus sur la route

plus de doute

il est tout de même long le chemin de nos essais ; il brûle aussi

la fin des choses n'est pas ; elle flirte innocemment avec leur début