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on ne vit que dans les rebonds

c'est comme si j'avais tout dit

comme si, groggy, une armée entière de soldats regagnait dispersée sa caserne pour un temps de repos, d'entraînement et de réserve

comme si, lasse, une envolée d'oiseaux gigantesques écourtait soudain sa migration subsaharienne pour un ciel d'azur plus tranquille

improbable, et sans doute trompeur

tout est en ordre, ou presque

au moins une fois, chaque mot courant que j'emploie a été soulevé, soupesé, évalué et livré

au moins une fois, je me serais tracassée et irritée, butée et surmenée, peinée et bouleversée... pour un bout de campement déserté

habité par moi seule et nourri de mes voeux

j'y vis en ermite et me relie... au plus que divin

j'y enracine mes arbres et lance mes fusées ; j'y argumente mes mystères et délire à propos de mes escargots

j'y patine mon chemin et cire tous les parquets ; j'y attends que la porte s'ouvre et que se montrent les vautours

mais encore 'en vie' je suis

ce "je ne sais" qui me tue

puisque tu ne m'écoutes pas, j'ai envie de te parler... alors que je n'ai plus rien à dire

ma face est saisie ; mes bras sont raidis ; le sang me quitte les jambes... je ne suis plus d'aplomb

comment savoir au-delà de ce que l'on voit ? comment faire sien un paysage qui n'a pas notre 'nature'

les singularités des mondes se subdivisent et, entre elles, aménagent des frontières, amoncèlent des murs

quelque chose d'impénétrable au regard, d'impréhensible à la sensibilité, d'hermétique à la raison

je ne te connais pas—ou qu'à partir de moi

je ne connais pas toutes les lois... qui président à nos enfilades de destin ou d'instantanéité

je ne connais pas les autres en toi—tous ceux que tu portes dans ta sacoche, au bord de tomber

vous mutualisez des morceaux de chair et des lambeaux d'information ; tu gardes un peu d'eux sur ta peau et dans ton cerveau : tu les somatises discrètement, tu les mentalises sommairement ; ils te savent incomplètement nettoyé de leur présence, de la même manière que tu les soignes en te soignant

les liens d'antan se dissolvent dans la réciprocité karmique—qui peu à peu brûle et se consume, heureusement

quelque chose disparaît... pour de bon !