ce "je ne sais" qui me tue

puisque tu ne m'écoutes pas, j'ai envie de te parler... alors que je n'ai plus rien à dire

ma face est saisie ; mes bras sont raidis ; le sang me quitte les jambes... je ne suis plus d'aplomb

comment savoir au-delà de ce que l'on voit ? comment faire sien un paysage qui n'a pas notre 'nature'

les singularités des mondes se subdivisent et, entre elles, aménagent des frontières, amoncèlent des murs

quelque chose d'impénétrable au regard, d'impréhensible à la sensibilité, d'hermétique à la raison

je ne te connais pas—ou qu'à partir de moi

je ne connais pas toutes les lois... qui président à nos enfilades de destin ou d'instantanéité

je ne connais pas les autres en toi—tous ceux que tu portes dans ta sacoche, au bord de tomber

vous mutualisez des morceaux de chair et des lambeaux d'information ; tu gardes un peu d'eux sur ta peau et dans ton cerveau : tu les somatises discrètement, tu les mentalises sommairement ; ils te savent incomplètement nettoyé de leur présence, de la même manière que tu les soignes en te soignant

les liens d'antan se dissolvent dans la réciprocité karmique—qui peu à peu brûle et se consume, heureusement

quelque chose disparaît... pour de bon !

certains traits pourtant perdurent longtemps, sur des générations : lesquels ? je ne sais

c'est ce "je ne sais" qui me tue ; de quoi avoir peur légitimement ? que nous faut-il redouter vraiment ?

on peut tout remplacer par le présent

on peut tout bouleverser par la spontanéité—celle venant du 'loin de nous'

on peut tout ré-envisager—sans se suicider, sans s'enrager, sans s'indisposer

on peut tout oublier et, par l'environnement choisi, sainement se régénérer

ce serait simple... si ce n'était notre antériorité : est-elle effacée ? qu'en reste-t-il au juste ? chez nous, chez eux ? qui, de fait, résiste le plus ?

les relents sont-ils des obsessions ou des évacuations ? les processus sont-ils des schèmes bloqués ou alimentent-ils des résorptions ?

mes propres images sont-elles outrées ? les tiennes... ... résistent-elles sans s'occulter ?

tu n'es plus là ; tu te guéris ailleurs ; tu imagines peut-être que je patine

tu n'es plus là, sans que j'aie le droit de m'en plaindre, ni celui d'imaginer ton retour

le temps gris, bouché, ne me permet pas d'entrevoir d'éclaircie—de rayonnement conscient partagé

je ne coule pas ; seulement, je ne touche... ni les parois, ni le fond ; ni la pierre, ni l'eau ; ni la chaîne, ni le gravat ; ni le lien, ni le karma

je ne m'enfonce qu'avec toi—qui travailles là-bas

je ne m'avance que protégée dans ton indulgence, qu'aiguillonnée au gré de ta sollicitation

mes propres imaginations naguère ont débordé... hors de tous repères, jusqu'à s'étendre dans des moiteurs satisfaites, des folies addictives

j'en suis revenue brisée, à la hauteur

je ne peux m'expliquer les logiques qui se sont structurées sous la force du traumatisme premier

je ne peux que constater : j'ai communié

... et peut-être depuis ai-je partiellement 'assimilé' ce qui, à l'époque, me faisait m'immerger, et non m'expulser

je pensais que l'Amour ferait le reste—s'occuperait du mal, résorberait les ténèbres : j'avais tort

la psyché s'est déchirée

la tienne n'était pas sûre ; mais personne alors n'a bien vu... ce que moi j'ai perçu

ce sont des évènements 'courants', dès lors que les poussées pressent si fort des membranes crevées

ce sont des faits marquants, dès lors que les sentiments se sont transformés et que l'Amour est resté

on ne voit que depuis chez soi

je ne connais pas ta fenêtre, et ne sais donc ce qui te concerne, une fois la vie finalisée

... le chant d'un oiseau dans ta cour, le miaulement d'un chat sous ta serre, la tranquillité d'un cours d'eau dans la forêt, le bruissement d'un branchage au bord du chemin, le silence d'une audience après une performance, la chaleur d'un échange à la tablée ?

tout ce qui est grossi rapetissera et tout ce qui est amenuisé grandira... sous le joug de l'équilibre universel

les dimensions justes seront réhabilitées et chacun se dira 'vrai' ! chacun effacera sa propre loi, et se rendra...

que nous dirons-nous, nous ? que nous aurons 'essayé' ? de dire ce qui affleure, d'oser ce qui déflore, d'avancer là où cela importe

me le reconnaîtras-tu ? moi qui ne sais si je tais ou si j'affirme ? si j'endors ou si j'ébruite ?

moi qui me plie à l'écoute intérieure... face à toi qui n'as que tes yeux

je me souviens de toi 'enfant' et 'nourrisson'—rien de tel

les âmes naissent entières et connaissantes de leur désert à s'incarner

les hostilités sont intestines ; les paix aussi