mon premier texte qui revient

et si je ne disais rien

écoutons la façon dont je m'éprends à l'oreille de mes propres mots

contemplons l'horizon chaviré par la tendresse des sons et la naïveté des impressions

il bouge en rythme : il manifeste les pulsations encore vives de ma raison

c'est beau, peut-être flou... de trop de vapeurs emmagasinées par les années

c'est plein et vétuste ; ça crie à l'envie... ça refoule l'agonie

ça danse comme un futur en rut, comme une impatience en suspens, comme une genèse en frustration

... je m'alimente des relents passés pour amorcer ce qui ne se négociera plus sur la route

plus de doute

il est tout de même long le chemin de nos essais ; il brûle aussi

la fin des choses n'est pas ; elle flirte innocemment avec leur début

aucune boucle n'atteindra l'éveil avant le recommencement

aucune ébauche ne contentera tout à fait le flux majeur et retentissant : il faut s'y risquer et tenter

acter au fort de sa présence, c'est donner une chance aux phénomènes de se bousculer dans la clarté

... quitte à se perdre dans les flots déserts et illuminés

les grands canyons nous abritent dans des failles qui nous ressemblent : on s'y promène à l'ombre des lueurs guidant l'angle suivant

si l'on savait seulement ce qui nous attend !

mais non, c'est le levant...

éternel et gracieux en nos yeux

éblouissant et érectile en nos corps

sommaire dans les pages de nos livres, et pourtant constant dans notre manière de vivre le Temps

je te rencontre et te lève en me posant

je t'oublie et m'écorne en faisant des plis

on se retourne sur nos sols et les braises s'envolent vers nos ascèses

on ne sait ce que l'on veut ; il nous faut être raccord, et donc ne pas trop se découvrir, quitte à un peu 'se mentir'

le lot de ceux qui aiment est de s'illusionner, de se dé-saisir avant de s'abandonner... sans comprendre qui vraiment ils ont été

le lot de ceux qui 'se quittent' est de se renouveler au risque de se tromper sur eux-mêmes dans une voie moisie

ne pas ringardiser l'avenir, c'est agir en omettant de 'se souvenir' ; c'est dévier de ce que l'on connaît pour peut-être nourrir ce qui nous déplaît

déployer les jours, c'est authentiquement comparaître dans le vent blanc, le souffle nacré, la caresse salée : c'est renoncer... à ce qui viendrait abîmer, et nos poussées et nos alignements ; en cela, parfois, c'est n'être pas

l'incohérence est plus forte, plus destructrice que nos erreurs

le râle de nos vieilles peaux atteste de notre candeur à les avoir un jour portées

tracer avec constance, avec acharnement, avec courage, avec aveuglement, avec innocence, avec bêtise

rien n'y fait ; et tout s'enchaîne à nos poignets discrets

l'argent ne fait pas le moine : tout s'alourdit et nous abaisse... où sont les vrais déserts ?

où les êtres purs dans leurs efforts se dévoilent-ils ?

comment saignent-ils ? comment agrippent-ils la saveur de leurs survies ? comment plaignent-ils les circonstances de leurs sacrifices ?

au bas mot, dans le silence de l'ombre fertile et dans l'écoute de l'écho faiblissant

un jour, sous l'orage grandissant, l'ambre nous encapsulera tous ; derrière la tonnelle abandonnée, nos restes transformeront nos frontières et nous serons fiers... d'avoir une fois existé... et que cela soit terminé

avant cela, encore et encore se consumer, se braiser, se retourner, se cramer, se donner... à ce qui est et qui nous demande son aide pour ne pas pleurer, ne pas céder, ne pas tomber, ne pas noircir, ne pas vieillir

à ce qui encore veut exulter et jouir, sans être contredit, bridé ou roué

à ce qui encore... se sent prêt à courir pour échapper à l'enfant qui le poursuit, à grimper pour décrocher le fruit qui l'attire, à tenir pour contenter l'attachement qui le fuit

les déliés d'images s'enfilent sur un tempo prononcé ; la lumière file aussi

je ne quitte l'aura de mes certitudes que pour souffrir l'abandon qui me gagne

le sentiment ou la blessure d'être seul.e n'est qu'une sourdine en passant ; la gifle, elle, grisaille, insiste et torture

sans repentance, elle défait les textures ; sans immolation, elle réanime les aigreurs

il nous faut donc aller se coucher sans baisers

... et aller 'faire sa fleur' sans pensée

... et aller terroriser la ouate sans suée