un réveil hasardeux, une envie disparate, l'impression de vivre plusieurs temps à la fois et aucun absolument
les peurs nous font fondre devant l'obstacle ou face à l'enjeu : disparaître, se dérober, se désister, ne pas honorer... ce qui profondément nous divise et nous enlise
une alerte comme une tempête dans un verre d'eau, comme un éblouissement agressif, une palpitation affolée, une enflure prête à éclater, un caillou qui nous chicane la plante du pied : on ne fait qu'y penser
ça chauffe, ça brûle... sans apparaître véritablement, fixement, définitivement
ça peut partir dans toutes les directions et s'évanouir comme un rêve tout juste éteint
c'est strident comme le cri et accéléré comme le pouls ; l'inquiétude n'est ni sournoise, ni discrète : elle éclate sa joie ! de nous habiter comme une toute première fois
on se prépare sans pression ; on se cale sans présupposition ; mais on connaît les mauvais pas, les fausses routes et les vains sentiments
on sait qu'avant on était différent et que ce qui nous importait désormais ne compte plus de la même manière : une révolution
mes implosions furent violentes et longues, signifiantes et handicapantes, semi-conscientes et consternantes
s'il y a un moyen de ne pas s'aimer, c'est bien de les considérer ; de leur accorder l'importance que je n'ai plus aux yeux de moi-même, en tant que noyée, survivante au danger
mes sauvetages successifs ne furent que des opportunités de 'couper le cordon' : de 'tuer' des parts de moi attardées—ralenties sous les regards inattentifs de ma lignée, affaiblies par les émotions introjectées, plombées par la démence auto-immune, imbibées de débordements sous influence... je ne sais
les engrammes maternels persistent et signent, mettant chaque jour ma résistance à l'épreuve
l'exercice matinal a ceci de concret qu'il me permet d'oeuvrer avec le sens de la coupe au ciseau sec
mais comment garder le corps ? sans entraîner le pathos des zones immatures ?
rester dans son jus, juvénile, c'est ne pas prendre ses responsabilités et continuer d'abattre ses cartes "par-dessous", en-deçà de sa propre conservation—comme si celle-ci n'était pas de notre ressort
on s'abandonne mollement à ce qui nous porte et on dérive à la petite semaine
on n'étrille personne—indifférent à nous ; on reste volontairement 'fade' pour n'attirer âme qui passe... et on boucle nos affaires sans remous
on traverse la transparence des fonds ; on véhicule l'anonymat des foules
on glisse dans les fosses communes ; on se repose dans les mille visages des tableaux de maîtres
on aura seulement presqu'existé—figé dans les flux tendus, les ruades psychologiques et les a-coups physiques
on ne s'écoute plus
on écrit sa route
in-émotionnellement, on maintient son homéostasie
relativement épargné, on guette le moment d'après ; et comme engrossé, on le dissèque, on le gonfle et on le fait germer et naître
notre fertilité à connaître l'instant—qui nous permet d'en prendre soin, ne fait pourtant pas de nous des magiciens
nous restons grotesques—drôlesques, pitoyables et beaux
infantiles et vieillards—incapables de trancher, de brusquer, de décider, de choisir ou de mentir
nous demeurons nous-mêmes—sans que l'on ne soit ni 'aimé', ni 'mal aimé' ; ni adouci, ni endurci ; ni embelli, ni dramatisé ; ni porté, ni enfoncé
nous demeurons parmi—en accord mou avec le reste et en désaccord profond avec la majorité
parmi ceux qui nous portent et nous coulent, nous soulèvent et nous ankylosent, nous alimentent et nous meurtrissent
nous flottons, littéralement au large d'eux, dans l'entre-deux de nos élans
nous parcourons des miles, en nous dégageant des rebuts de nous, en nous déchargeant des scories d'autrui
nous nous adonnons à la prière du seul 'fou' que nous connaissions : nous-même
celle de comprendre à qui nous appartenons, de qui nous relevons, en qui nous dormons, vers qui nous nous dirigeons
une Personne ou une Création ; une partie ou un Tout ; une antre ou un ciel ; une couleur encore ou bien déjà une transparence ?
je me déporte vers mon glaive—que je ne saisirai pas, de peur de blesser ou d'éborgner ; je ne connais pas les armes
je ne les connais pas et m'en trouve à la fois démunie et rassurée, rendue gauche et libérée, inapte et hors champ !
je ne demande plus rien
je rassemble mes biens, fais le compte et m'isole—porte toute ouverte !
j'éprouve le désir de communiquer et de raconter, de nourrir et de savourer... un récit incompréhensible, si ce n'est dans la complexité labyrinthique faite de vies aimées et trépassées
que dit la mort face à son rival ? l'Amour
que tente l'Amour face aux arrêts, aux bifurcations et aux absences de direction ?
quel liant sphérique peut-il bien rendre compte de tout cela ?
et nous... en périphérie—en impatience ou en léthargie, en simplicité ou en morbidité
on ne sait qui on est ; on ne sait, et pourtant on persiste pour un bout de tulle ou de dragée, pour un siècle d'attente ou de satisfaction