si je savais que faire ?

absolue timidité, coeur rentré, mains serrées, moiteur transpirée, frissons piqués

le corps se raconte en un retrait : 'le faire' engendre la peur ; 'l'agir' au clair déclenche la terreur d'apparaître

l'autre, anonyme, ne nous rejoindra jamais... là où l'on est ; ignorant, il se trompera d'origine et manipulera nos rigueurs comme autant de combines

d'espoirs, on passera à malversations ; les déformations ne procurent aucune peine à celui qui les agite et les malmène

les miroirs sont par trop affligeants ; les messages n'arrivent pas à destination du commun des gens

pour que cela reste grand, cachons et ex-filtrons nos contenus aux moins mortels des sages et des truands—à ceux qui savent vraiment... le goût de la mer

ce qui sera pérenne s'ouvrira au bon moment

ce qui devra disparaître engloutira définitivement son auteur, et ses rumeurs

il y a l'enfance—recluse dans une chambre menaçante, sous les coups attaquant directement les plaies

il y a aussi 'l'après'—par la voix in-communicant, vierge, inadapté, asocial, déprimé ; dedans, c'est si pur, si blanc

l'inaptitude se prolonge comme une trace de sang éraflée sur un mur géant

pourtant, on est ; on sait ; on rencontre et on saisit les chances de survie : l'Amour nous construit, nous grandit

jamais il ne nous a surpris ; sa nature est piégée dans un sanctuaire millénaire qui habite notre atmosphère

l'autonomie

la complexité

les relations croisées

le chaudron immergé ; délions-nous pour réparer les attaques et les chocs de la mère ; rassemblons-nous pour élire ce qu'il reste de nos audaces et de leurs paysages

jamais on ne 'sortira' ; de haut en bas, nous ne fonctionnons pas ; les synchronies 'toquées' se sont déplacées : elles imbibent désormais nos "je t'aime" en de spongieuses régressions

enfin une lumière saine ! de vives étincelles, une émergence et un 'soi' disparaissant

un programme d'exploration pour toute personne qui trop souvent dit 'je'

l'Amour encore—mais qui ne veut

le souffle qui s'étiole ; la sécheresse qui se gaine : un désert de plaines, une soif de chameau

et l'évènement du milieu : le tremblement d'une nuit, l'éclair d'un cri, la semonce d'une vie

... dont on ne sait où la vague s'achève, ni jusqu'où sa chaleur encore nous traîne

enfin, l'écrit—comme écrin, limitrophe des paradoxes de cette existence heurtée, polarisée : les pas saccadés sont à la fois grands et petits

jamais dans la masse nous ne nous infiltrerons

jamais dans le suc nous ne nous diluerons

jamais sur nous ne brillera le halo

jamais notre avance ne sera rattrapée... jamais notre déficience ne sera comblée ; constitutives l'une de l'autre, les deux s'accompagnent en grâce et en morbidité

et si l'autre à cheval venait tout bouleverser ?

et si son instinct en nous venait tout perturber ?

protéger ce qui ici simplement s'élève... depuis le temps des monastères

c'est une habitude de genèse, de quiétude et de conservation ; c'est un filin des plus longs dans l'emmêlé des racines transpersonnelles

c'est de l'or martelé, ciselé, du verre soufflé, coloré ; mon artisanat ne m'abandonnera pas

depuis lui, s'ouvre la voie—intérieure et solaire, confiante et reine

cette tempête de photons, je voudrais pour l'autre la fixer, en ses propres vents ; et m'abriter dedans 

accéder à toi ou à eux, c'est s'expatrier depuis son cocon, et faire couler le lait—témoin de sa complète beauté

oui, je peux transiter par le lait—celui de la terre, seul arbitre de ma réelle capacité maternelle

si seulement j'aimais mes enfants ! mais je ne sais d'où ils sont, ni souvent pourquoi ils font, ou défont

mes aigreurs sont profondes à l'endroit de l'humain qui négligemment s'engage dans demain

mes réserves sont des magasins—des blanchisseries ou des quincailleries

elles m'accordent de la perpétuation entre mes murs crème

elles ensevelissent mes rêves d'émersion, d'innocence, de fraîcheur et d'unicité

elles grignotent mes trêves à imaginer le monde concordant : pour moi, les fleurs ne poussent que sous les serres

prendre le risque de s'exposer, c'est mourir à nos refoulés et naître à nos éphémères ; c'est aussi souffrir de ne pas pénétrer... la foule qui nous considère

concevoir cela est déjà un peu l'incarner

si je savais que faire ? je serais inexistante en cet instant, grossièrement incorporée

alors...