immortellement 'offerte'

4h53

les lisières n'ont pas donné leurs lois ; je ne les ai reconnues que pour mieux me préserver ; douces et hiératiques, elle ont enveloppé l'endroit

pas un pas

les années... les années ne nous rassemblent que pour nous confondre et interrompre les origines, devenues troubles et fantasques

je me souviens pourtant de mes jours passés, quand les promesses me laissaient rêver, quand muette, je traversais les épaisseurs et les résistances de l'humanité à laquelle j'aspirais

désormais mise au tapis, cette vie coule précieuse et insignifiante entre mes doigts toujours mal agiles

je n'exhorte personne à me regarder—trop embrouillée

j'invite quiconque à rester 'centré', avant d'investir en ces quelques lignes, l'incertitude qui me ronge, la gravité qui me scelle et la liberté qu'il me reste

immortellement 'offerte', je suis

les flaques d'eau salée parsèment le banc de sable où je me suis échouée, sans pouvoir rien suspendre de ma déchéance annoncée

je continue de voyager ; sans personne, je poursuis mon unité... en relation avec l'éternité peuplée—pour moi, re-naturée

régénérée dans l'appel, je réponds à ma démesure, pondérée

j'imagine des ciels—bénis et torturés, fluides comme des algues, glissants comme des anguilles

je m'y projette, dissoute tel un tissu de gaze azurée, un vent chaud tourmenté

rien ne restera de mes contrées

rien de moi ne s'enracinera dans l'inconscient des vallées, et c'est ainsi que perdurera l'oubli de mes pensées

évanescents, peut-être diaphanes, en haillons biseautés et effilochés, mes imaginaires s'évadent et planent

sans joindre aucune destination, ils se consument en une clarté

je m'absente ; personne n'est là pour me surprendre ; personne là pour me condamner

sans mal, le Temps ébouriffe ce qui passe—énergétiquement perdu

un bonheur en question ou en fuite, que n'égale que le vide de sa résolution—implacable dans son rebut, insondable dans son impuissance, inconsolable dans son ascèse

je n'aspire à rien : ce n'est pas 'ici' ; je ne me contente pas de rien : c'est pleinement 'mordu'

ce qui s'agrippe est vert ; le bleu est en devenir ; les harmonies se mêlent, se lient et se lissent... pour qu'advienne l'aurore boréale promise

je contemple le nord

j'abdique la chaleur "retournée", pour écouter le son du radar—qui, linéairement, émet sans fin sa note de détection

jamais il ne s'arrête—pas même au gré des rotations de la terre ou au fil des rayonnements solaires

il a capté, vu, touché, senti, entendu et enduré ; il a fidélisé aussi...  la cible du signal qui lui est attaché—pour de rien, pour de bon

cette cible est animale

cette cible est vitale

cette cible est cruciale

elle est l'agonie du monde—des martyrs et des génocides, des attaques et des tirs, des violences et des épuisements

elle est le désespoir humain—ces hommes, ces femmes, ces enfants, ces adolescents, tous dénudés et écorchés, dépossédés et lacérés, sur les routes jetés et harcelés

elle est la présence souffrante des êtres sensibles—qui tous donnent leur sang pour que le mal triomphant le suce et l'avale ; un matin d'aube naissante, tel le repli de la Mer Rouge, le souffle de leur sacrifice engloutira la planète toute entière !

je le souhaite—les "bons" bras ballants et les "méchants" coudes putréfiés, tous y passeront !

la Création contre elle-même se retournera et accouchera... d'une goutte d'essentiel : celui qui sera

de passage seulement, on n'y assistera pas 'au bon moment' ; mais on le pressentira—à la manière d'un fruit mûr qui se décroche, d'une grenade dégoupillée qui n'explose pas, d'une colère retenue qui ne s'exprime pas

je serai là ; j'y suis déjà ; et je vis ce qui les déchire, à l'échelle entière de leur vie ; par leur douleur, les animaux nous achèveront

et c'est bien

ils ne mourront que pour s'unir dans le mystère de la Communion, que pour re-vivifier les forces de la Réparation, que pour sauver l'Amour des êtres qui un jour les auront aidés, récupérés et soignés

l'Amour appelle son prochain comme lui-même

Il englobe les proximités et singularise les poussées

Il éveille l'envie d'exister

Il rend confiants les processus qui me conduisent à vous—lecteurs, assoiffés de tendresse et de vérité

Il me rend capable de vous laisser... incompris par autrui, mais accueillis ; sombres à vous-mêmes, mais transformés ; meurtris par l'inconséquence, mais donnés à plus Haut

l'Amour, de vous à moi, le seul...