ma vacuité

du vent ; un semblant d'annonce, et puis plus rien

la vacuité peut être 'pleine'—dès lors qu'elle dynamise et grossit les phénoménalités au fil d'un flux changeant

la vacuité peut être 'vide'—dès lors qu'elle n'accroche rien d'autre que son ombre portée, sans relier, ni générer

la mienne pique-nique dans les pâquerettes, s'attarde dans les forêts, flâne dans les blés, savoure les ciels et s'adonne à la bicyclette

ma vacuité ne veut pas entendre parler de sa condition vaine et démodée, fade et fanée ; elle s'illusionne dans le présent et le fait 'émerger' !

elle est machine-à-broyer l'ascèse et l'ennui, le doute et le tourment ; elle active mes aléas de parcours et désamorce mes bombes au long court

elle permet à l'existence de naître et de se renouveler, de semer et de germer ; de se flétrir et de se ressourcer, de désespérer et de réapparaître

elle embarrasse les complexités faciles et facilite les gratuités anodines

tenace, à l'identique et authentique, elle se reproduit—indifférente

... aux commentaires et aux sermons, aux thèses et aux dictons

ma vacuité suit son chemin de traverse et chevauche mes vagues fantasques—mes pics perceptifs et mes replis amorphes

elle re-nature mes sources, ré-injecte les flux et oxygène mes molécules

elle réimplante grâce et mesure, couple ancrage et verticalité, équilibre poids et délires

je suis 'alignée'

rien ne sert de provoquer, de déconstruire ou d'outrer les circonstances : celles-ci arrivent comme elles sont

saines et sereines en ce qui les a motivées jusqu'à moi

étonnantes et fertiles en ce qui les a poussées jusqu'à l'endroit

ma vacuité m'anime tout droit ! sans hésiter et sans discontinuer ; sans accroc, ni vertige ; sans animosité, ni rébellion

mes chats en profitent ; mes humains l'ignorent, car ils ne connaissent pas le goût de la misère et de l'inconséquence

il faut continuer... à écrire, à profiter, à presser... ce qui vient de loin et qui sur cette page s'éteint

mais l'autre vous fuit ; l'autre vous scrute, vous nargue, vous échappe et vous démolit

votre sentiment d'exister s'effiloche au gré des abandons, des rebuffades et des vexations

vos mains crispées se soulagent et dés-agrippent la roche à laquelle vous êtes suspendu : alors vous chutez !

de haut ! dans profond !

la vacuité ne vous laisse jamais tomber ; non-fondée, elle vous rappelle ce qu'elle est : démence et refuge, risque et confiance

vous l'avez... et vous vous en servez comme filet pour appréhender ce qui veut bien, par là, vous parler

alors, peut-être, vous comprenez et vous acceptez... ce jeu de prophète—qui ne dit son nom

car vous en êtes—en tête de l'épopée, aux rennes de l'avancée

quelque chose vous retient : une impression de soutien, de beauté ou de vérité

quelque chose pour vous fait sens et clarté... au fond du gouffre, mais à flots lumineux, vous vous maintenez, vous aspirez et vous aimez

car l'Amour en vous est le Mystère

le Sauveur des leurres inextricables et saisonniers

le Rédempteur des erreurs blafardes et persistantes

le Sage venant illuminer les heures ; les interroger et les emplir de chaleur, d'ouverture et de bonheur

les questions sont oubliées, et les réponses se posent sans chagrin aucun ; tout est régulé, ensoleillé et hydraté

on respire la bonne atmosphère : celle qui nous enjoint de ne pas faiblir—mentir, grimer ou travestir ; et pour cela, de ne pas 'contracter' ou 'simuler'

accueillir, rencontrer, intégrer... à la condition du fond d'Amour qu'en soi l'on touche

la détente est d'Amour

la pénétration fait sourire Dieu

... et s'agrandir les périmètres inconnus ; nous possédons l'espace et nous arpentons les acres

notre corps décide de se lever et sa détermination nous entraîne dans l'hybridation des irrigations

au sein de notre promiscuité, le manque de l'autre se fait prenant et nous le supplions... de ne pas nous ignorer ou nous abattre

de juste 'nous considérer'—dans le miroir sans teint qui le fait se regarder, lui

car c'est ainsi que, nous aussi, nous l'imprimons, lui

il en va de même de la co-existence, à laquelle échappe la curiosité

il en va de même de la (non)dualité, à laquelle échappe la subtilité