les migraines sont des sirènes d'alerte : elles recyclent les soûleries, les incontinences et les syncopes ; elles synchronisent en un cri l'absence de chaos précédant l'épilepsie ; elles épongent les vices et les conneries
elles informent sur nos poubelles ; lancinent comme des phares ou battent comme des drapeaux : quelque chose se précise d'in-apparent et de 'pas beau'
nous sommes le jour de la Lumière, et je vous parle de cave résiduelle, individuelle
nous sommes un jour de Gloire et de Liberté, et j'amoncelle ce qui, ici et autour, fait souci : j'entends les rumeurs et les polémiques aux environs ; je les susurre comme des poisons sans risquer de me raidir
je me vautre dans le glauque et patauge dans la fange : je n'éclabousse personne !
il me faut ce rituel pour entrer à la verticale de moi-même
les mots sont mes seuls vis-à-vis
des électrochocs de survie, des confessionnaux naturels, des amplificateurs de malaise : feed your demons ! ... qu'ils se taisent
j'embrasse ta peau ; elle me blesse ; elle me laisse un goût de menthe poivrée... qui m'endort
je m'éveille dans un autre monde : là où les chimères s'éteignent et où les zèbres sont tachetés de rouge et de vert
je n'envie aucune de ces créatures... irréelles, mais je les guette comme autant de preuves du bonheur
c'est un festival sur pattes ! une accolade fraternelle et sincère
c'est un cirque équestre—avec un anneau de fer et un bâton de bois pour l'introduire dedans à chaque passage en rond
c'est l'enfance colorée, en l'absence des mères dévoreuses et obsédées, mauvaises et fantasques
c'est la barbe-à-papa rose sucrée, et la futilité de ces moments-là, tous chargés
si j'embrasse ta peau et me gave de neige colorée édulcorée, c'est étrange comme association ; et si c'est bien freudien comme libido, c'est aussi décevant comme archétype
un songe allégorique, une vérité cachée, un cercle sirupeux—que l'on peut interrompre de ses voeux
pour engranger, il faut rayonner ; pour vibrer, il faut s'accorder ; ne 'reçoit de haut' que celui qui s'aligne
au fond de ma cage, je suis tassée—pour ne pas dire 'effondrée'... cela ne serait pas vrai !
je ne demande qu'à me déployer, mais la migraine persiste—jusqu'à entraver ma raison, bouleverser mes sensitivités, perturber mon émotion, aviver mes agressivités
je ne suis qu'humaine—heureusement ! et je n'apprécie plus les fibres des confiseries
je plonge dans le solaire sans transition, profite de la soupe ionique et me gorge de photons
les soins de ré-énergétisation ne présentent aucun dilemme : on y va comme à la guerre, parce qu'on le doit... pour connaître l'endroit, et non l'envers
pour soupçonner qui l'on est—quand on ne se détruit pas, qu'on ne se brutalise pas, qu'on ne s'invective pas
c'est doux comme un chat
c'est puissant comme un royaume, et vaste comme la campagne : on y va en chantant
on est renaissant sans faire semblant
on est connaissant corporellement
on est lumineux subtilement, irradiant magnétiquement
on s'inscrit purement dans l'instant
diaphane, on jouit comme une eau limpide, on secrète un musc transparent, on transpire de la soie blanche
je me veux lavée de tout
je me veux abandonnée à tout—que je traverse sans accroche, saisie... rejet ou aversion
l'ignorance ne me concerne pas non plus : je plonge et je promets, j'investis et je transfigure
d'où vient 'cette force' qui si souvent me quitte ?
dans quelle jarre dois-je aller la chercher pour l'absorber ?
à quelle source m'abreuver pour me métamorphoser ? et conquérir l'autre
je m'en remets à mon Flux, rempli de grains chauds et animé de souffles de sirocco
je marche de travers peut-être, mais me dirige vers le sable qui à mon arrivée se soulève violemment
le mouvement est ample et lent, souple et diffus, enveloppant et pénétrant
il dépose la semence sèche dans mes os... et cautérise les écoulements tardifs
je suis allégée ; toujours seule au monde, j'ignore si je vais le rester, j'accompagne les envolées
mon pagne se dénoue et je me mets à genoux ; je n'envisage aucune réconciliation, seulement la bénédiction de cette part de moi posée là, en sacrifice ou en oraison
l'autre part de moi, je ne la sortirai pas : les mères sont des misères éternelles ; elles n'ont qu'à se suffire à elles-mêmes et savoir se retirer comme Dante aux Enfers
pas de Salut métaphysique qui tienne, juste un 'je t'aime'
lasse de cette rengaine, je m'immisce jusqu'aux pôles pour investir leurs forêts ; je sais...
imaginez que la Terre tourne d'est en ouest : ses climats et ses végétations seraient articulés très différemment, et peut-être ne serions-nous pas ; il s'en faut de peu chaque fois de 'ne pas exister'
alors, je délire sur l'autre face de la réalité—celle que l'on ne connaîtra jamais, comme celle de ma vie qui en ce jour n'apparaît pas
je m'arrête ici