chacun a beau vivre dans sa cellule, chacun rêve de l'autre dans les replis de sa candeur ou de son anxiété
on est tous des êtres rapprochés et isolés, doux et acariâtres, graciés et condamnés
on est tous un peu soi-même 'mélangé' dans l'incertitude des situations et dans le chaos ambiant
on s'endort sans savoir complètement et on se réveille encore plus dans la confusion
notre porosité produisant mille reflets attractifs illusionne notre carapace dorée et nous plonge dans la mousse
je suis le crabe qui veut survivre à cela, sans s'ébouillanter dans la vase
je suis aussi le sphinx qui considère tout cela en maître, et règne sans hésitation
je suis la présence et l'absence, l'envers et son contraire dans les perceptions que je véhicule
et je t'habite en clignotant—une alerte qui se grippe constamment, une extinction qui sursaute imprudemment
tu
tu t'arrêtes à mes côtés et me demandes ce que mon songe éveillé m'a apporté
tu t'adresses à 'mon entité'—celle qui nous enlace
elle te répond que je suis flexible jusqu'à pouvoir céder, sous le poids de l'attachement
elle te fait voir le point auquel il aura fallu me protéger, avant que je décide de tenir 'seule'
puis elle improvise une danse rythmée, dont elle ne sait sur quel continent elle est originée
elle se dévêtit et te montre tout d'elle : ses bras, ses seins, ses cuisses et ses tripes, comme si on allait l'embaumer mourante, comme si on allait l'emballer dans du film plastique, avant le dernier surgissement
mon entité se donne sous son masque arrogant et courroucé
en ne projetant aucun itinéraire pré-donné afin que tu la suives ; tu es ébouriffé, exténué, surpassé et préparé
cette force, tu la prends ; cette puissance, tu la comprends ; ce feu, cette furie, peut-être les pressens-tu surévalués ? car la douce aimée soudain apparaît, métamorphosée en rose blanche : elle ne peut qu'AIMER
AIMER s'inscrit en lettres géantes dans le temps—poussant dans tous les retranchements, amenant à tous les renoncements
AIMER, c'est flottant peut-être ; mais ce qui ancre dans l'intemporel permet de tenir et d'avancer quand la matière se fait résistante, par moment
AIMER est un tapis volant ! une terre en lévitation, un soutien qui se déplace, une solidité articulée
mon entité, si débridée soit-elle, ne connaît que CELA—ce fond-là
elle peut se déséquilibrer sans risque ; mais elle peut aussi conjurer le bon sort et se mettre à dysfonctionner
et de louve engagée passer à ombre blanche
les fantômes savent bien la reconnaître comme l'une des leurs quand elle me quitte
j'ai besoin de la garder—de la positionner et de la stabiliser ; j'ai besoin de l'assimiler pour la calmer et de la substantialiser sans la dévorer
elle m'échappe ! se réintègre et erre longuement en moi
ses formes 'sages' se répandent dans mon soleil ; ses attaques de folie se dissolvent au creux de mes abris, ténébreux et secrets, avides et mystérieux
je ne connais qu'elle à vivre, à embrasser et à écrire
je la parcours sans aucun trouble, seule dans mon univers ; et elle devient l'humaine que j'aime
apprivoiser cette entité, le pourras-tu ? sans l'assommer, l'anesthésier ou la cabrer
attendrir cette rebelle, le voudras-tu ? sans te blesser, t'attaquer ou te dédoubler
mes approches sont vertes et bleues ; elles disséminent un parfum de musc, odorant pour toi seul
mes envies te lient, et t'affranchissent aussi
je suis un peu tout à la fois, comme toutes les femmes qui se voient en Gala
le bercement et la quiétude, la patience et le charme... en extra, tel un cadeau maternel de l'au-delà
je verse le baume qui assouplira le massage et qui introduira la grâce en l'état
j'appuie un à un sur les os qui délicatement craquent sans frisson : ils sont habitués
l'aura grandit autour des corps qui s'énergétisent ; comme libérés de vieux coffres précieux, les éthers s'épanchent et se mêlent
on se tait
c'est l'orient
la chair n'est plus vécue comme telle ; les méridiens autant que les neurones, se synchronisent en nappes et transfigurent l'expression astrale de nos apparences liquéfiées
...
je regarde tes yeux, et ne sais ce qu'ils voient
je touche tes mains qui se desserrent
un voile peut-être se glisse et nous laisse... dans le désert, mon endroit pour toujours