un écran blanc, des lettres noires et un film qui méthodiquement se développe ; y a-t-il encore de la bobine ?
ma virginité n'en viendra pas à bout ; c'est un puits sans fond
ma transparence n'en suspendra pas l'impression ; c'est un mythe vain
on ne parvient jamais à rien ; l'horizon de notre sphère terrestre... toujours plus loin... pour revenir au point d'antan : une naissance ou un enterrement
les cycles s'adaptent ; les systèmes "se sèment" : ils s'engendrent, autant qu'ils se rejettent eux-mêmes
c'est l'évolution
mon enfant, mon rejeton, attend que ma mort me domine
quelque chose respire dans tout cela : s'ouvre et se ferme ; ce qui vit emprunte les atomes du passé pour actualiser ceux du présent
les dynamiques se rechargent, ne faisant apparaître les phénomènes que dans l'explosif, le furtif et le disruptif
on ne retient rien ; tout file bien loin ; nous ne nous voyons pas 'nous écouler', mais pourtant, en nous, tout s'infiltre et se ré-identifie à l'identique, reconstituant notre réseau à la mesure de notre âge et de notre santé
ce qui nous vient arrive de l'espace : un matérialité, une altérité—intention, geste ou émotion
ce qui, en nous, se transforme suit un code : le nôtre, individué—organique et psychique
une reformulation qui s'use et s'altère à force de se reproduire sans fin ? ou bien, une retraduction qui se raffine et se rend d'autant subtile que la fusion de l'être brûle désormais dans des dimensions non-duelles ?
les deux—puisque notre disparition physique nous sépare, nous scinde en deux résidus de poussières—cendres et karma
nous ne nous sentons pas 'nous égrainer' ; on se perd pourtant, autant que l'on se gagne, à chaque instant
à notre échelle, notre déplacement est celui d'un éléphant—lourd et tranquille
à celle de nos cellules, le bouillonnement est celui d'un jacuzzi—chaud et oxygéné
la Vie sans cesse se raconte à elle-même, créant des passerelles de connaissance dans la matière
Elle élabore des recours pour se perpétuer : 'se conserver' à tout prix, en épousant toutes les modulations nécessaires
pourquoi, alors, apparemment, nous faut-il un jour 'nous quitter' ? pourquoi, malgré nous, notre force interne décline-t-elle ?
ce qui en nous ne faisait qu'un doit s'expérimenter lui-même en se découplant temporairement
ce qui en nous faisait notre singularité incarnée doit ainsi, de part et d'autre, se désagréger pour autrement recommencer
à partir de ce qu'il restera de nous, nos vies futures nous ensevelirons, nous ; porteuses des germes frais de nos rêves inassouvis, elles se réinventeront en des formes corporelles et psychologiques—dont nous ne saurons rien
car, "nous", ce sera fini... bien fini
je ne crois pas que l'on survive à quoi que ce soit ; ni que le fondement de cela soit utile... même à la Vie
je crois qu'il nous faut définitivement 'produire' maintenant ce que nous voulons "être" à vie
pour que nos descendants—de sang et les autres—nous récupèrent ailleurs que dans le néant
dans des zones régénératrices des pensées et des éprouvés
dans des atmosphères débarrassées des pollutions de l'actualité
dans des altitudes faisant foi—à défaut d'exister
dans des déserts bien réels—même si par les mirages envoutés
qu'est-ce que notre réalité ? un agrégat, une composition, un sédiment de facultés et de situations
et dans tout cela, qu'y a-t-il de 'vrai' ? et que voulais-je dire vraiment en l'écrivant ?
l'ontologie captée sine die dans l'émergence fluide, non-fabriquée, des manifestations ?
aucune supériorité—de rien sur rien
aucune antériorité non plus : qui de l'oeuf ou de l'oiseau ?
une circularité ré-générative qui inonde la créativité de tout dans tout
pourquoi les représentations de nos univers sont-elles linéaires et plates ?
pourquoi le mensonge de nos états mentaux nous fait-il "croire" ? en la solidité de nos cadres, en la cohérence de nos choix, en l'arrogance de nos exploits ?
je n'ai que toi
et je ne sais plus bien 'qui tu es' pour moi
alors, notre entre-deux me parlera, et son incertitude m'achèvera... en une incomplétude, une indulgence, et même une gratitude
car on ne vit pas pour soi, mais pour montrer ce que l'on voit 'là-bas'—éloigné dans les bleus successifs de l'air à respirer
c'est notre lien au Ciel que l'on décrira, tandis que nos pieds à la terre seront sanglés
c'est notre aptitude angélique que l'on portera, tandis que nos actes nous ancreront dans la transmission
le liant sera... ; par nous, il se produira et s'imposera pour 'tenir ensemble' ce qui sinon se dissiperait sans éclosion
une dispersion, et c'est l'extinction
une attraction, et c'est une genèse
notre rôle, dans le maillage millénaire des chimies ordinaires et des mécaniques réinventées