l'écran est blanc ; moi aussi, dedans... ; j'écoute les paroles : "regardez-moi !... voilà... voilà... voila..."
et je souris ; pourquoi ?... c'est l'écho, d'elle à eux ; et de vous à moi
quelque chose 'revient' dans ce corps tout fin, dans ce geste balancé, dans cette vocale précise et assurée
quelque chose que je ne suis pas ; ni dans la tonalité lâchée, ni dans la variation coulée
elle ose, tant pis ! elle se lance... pour retomber en vous—qui pâlement la reflétez et qui euphoriquement l'applaudissez
j'aimais la scène
avec vous je communiais chaque fois
passée de l'autre côté ; celui de l'écrit... qui, à voix ouverte, vous lit
ma question : peut-on AIMER, avec ses mains, celui qui porte son histoire à bras-le-corps ?
les illusions m'encombrent
si ce qui compte pour se faire aimer, c'est vous ! bien plus que tout autre, plus aucune issue n'est permise en dehors des mots
volontairement, j'enlise le propos ; intentionnellement, je recouvre les peaux
que vous ne sachiez pas d'où vous venez—que vous ne vous fixiez pas, ni ne m'interrogiez sur le tracé
je cherche à vous noyer, à ce que vous succombiez... à vous-mêmes dans un refus de sécurité
je cherche à perdre la propre voie de mon passé—qui avance toutes vues devant et sans vriller
je n'écoute plus rien de ce que j'ai emmagasiné et brutalise mes années
me transgresser est ma décision
mes petits pas sont les vôtres ; vous les voyez flous, comme immergés, continuellement chassés de côté, plus profonds dans le bleu
ils s'effacent
sans grâce, ils marquent le temps qui passe et les signes e-mouvants
tout disparaîtra—sauf... le fond de l'Alaya : l'introuvabilité de l'introuvabilité—Sunyata
tout ! sauf ces figures de mon univers, dont tu fais partie, toi
la fatigue est là ; elle simplifie le verbe, qui se replie un peu sur lui-même
la fatigue m'aide à comprendre que le grisou n'est qu'un coup et que la menace est partout—dans l'abandon des saisons
tout se quitte, tout se tient... comme l'astre, brûlant dans la lumière de toi
à qui suis-je comparable ? à celle, électrique, au fin minois, partie vivre sur des terres tropicales ? qui m'apparaît soudain
on n'oublie jamais ; dans les nébuleuses, seulement, on se refait...
j'étais face à mon destin : je le prenais en mains ; rouge, je nageais et suffoquais—emplie d'une charge indistincte entre les autres 'elles' et les autres 'moi'
désormais à cet endroit éteinte, je ne me fie plus qu'à l'ombre restante, faisant surgir le soleil de nos yeux
et je creuse une suite
et je m'emmitoufle de brume pour qu'elle vous soit douce et agisse jusqu'au sommeil en vous
je vous veux rêvés et éveillés ; je vous capte amorphes et sanglants... soit l'un, soit l'autre
je sais que, comme moi, vous croupissez sous le poids de vous-mêmes... à vouloir vous rincer dans l'autre
je sais aussi, qu'à l'inverse de moi, vous l'acceptez comme une vague pensée, comme un engramme plus-que-fané
y êtes-vous ?
vous qui 'croyez' ? que savez-vous de vous-mêmes ? et que ressentez-vous au contact de l'autre ?
les paysages de l'altérité sont innés—puisque nous les reconstituons depuis nous-mêmes
d'où nous viennent-ils ? de cette origine commune ? dans les forces de Morphée ; de cette qualité partagée ? aux confins de Mars et de Vénus
je ne m'encourage pas à continuer et couper serait traître ; alors je demeure là, moi-même et sans mystère
tu peux faire de moi ce que tu voudras : il te suffit de décider et de pratiquer... ces chants qui nous guident enfants
j'irai au bout du chemin, quitte à me tromper, à souffrir et à ne plus me nourrir, ou à m'épanouir
j'irai jusqu'à la trêve, jusqu'à la césure de nos existences en manoeuvre, jusqu'à l'autonomie de nos devenirs en singularité
il me faudra "partir" seule—définitivement experte en désenchantement
il me faudra te dire "adieu"—sans jusqu'à bout de souffle t'accompagner
... à qui je m'adresse là ?
car tu ne veux rien de moi, mais me retiens : suis juste 'cassée' des vingt dernières années
alors je me renouvelle, m'appuyant sur les imaginations créatrices, les vitalités corporelles et les affections les plus sensibles
je devrais patienter, me reposer et ne rien faire !... juste méditer ; je devrais 'laisser advenir' sans bouger, sans morfler et sans renifler
l'autre le sait ; qu'il choisisse de quel côté me faire coulisser
et qu'il s'accomplisse lui-même en ma destinée
avec mes mains posées