j'ai grandi

à partir du moment où l'on ne vous abat pas, vous continuez... à errer, à bercer, à hurler, à créer

à partir du moment où l'on ne vous embrasse pas, vous poursuivez votre longue distraction, votre lente improvisation

... d'une main, sans que personne n'en sache rien

j'ai besoin

je vous veux du bien, même si j'écris du mal ; je vous veux présents, même si je mesure votre désir d'une simple compréhension

je soupèse les attentes et divague entre les idées : c'est la vie de la psyché, par défaut... quand physiologiquement connectée aux entrailles

j'entrelace les démons et me rattrape en Agapé—tout doucement neutralisée

mes forces soudain s'interrogent : je comprends ! ce qui à l'époque l'avait rendu si résistant et muet : il nous voyait partir toutes les deux du 'même côté'—comme une seule et même trahison non-coordonnée

aujourd'hui, le climat est autre ; aujourd'hui, j'assume assez tranquillement mes deux liens : j'ouvre l'espace pour que tout le monde y tienne et y revienne

je ne décide rien—surtout pas ; entre mes mondes, tous inexistants, je n'ai que moi à récupérer en méditation

les sages vous diront qu'ils ne lévitent pas, mais moi, je le fais... sans échapper, ni trouver quiconque en personne

l'axe n'existe que dans mes coulées, avec "vous"—que j'espère un jour, comme on vise le Ciel

la lune nous regarde, infidèle et amoureuse de ses enfants ; les temps sont devenus grands ; l'échelle des pensées a tremblé : c'est comme si c'était un bilan, une 'arrivée'... désormais constamment

quand souhaite-t-on tomber ?... dans le saccage ou la vérité ? dans l'ornière ou la révélation ?

qui connaît notre ombre portée ? qui s'y dissiperait sans cogner ?

les fluides vivent leur vie ; les courants depuis ont dévalé : l'information—qu'elle soit d'amour ou d'affliction, elle, est restée

la lune ne dit rien : que soupçonne-t-elle au juste du berger ? elle qui, toujours, hante son horizon et sa destinée ; on ne gagne le coeur des gens qu'en alignant de profondes simplicités, narrées en souriant

les Joies sont-elles là ?

humainement

charnellement

la planète n'est pas assez sereine pour cette fille-là—qui est la Joie-même, comme la tienne

que nous dit-elle des débuts de l'être, quand celui-ci s'écorche sur des sirènes, des moteurs, des gadgets et... adore un frère

nos mères sont absentes de là ; nos mères traversent les gorges des océans et travestissent les relents de notre passé sanglant

mortes ou vivantes, jamais plus elles ne nous obsèdent, ni ne nous traînent ; floues et légères, elles nous parcourent en notre antériorité sur elles

enveloppons et brillons

comblons et désaffectons... ce qui maintenant ne nous suit plus

dans la forêt, creusons des sillons et laissons-nous surprendre par l'éphémère des liaisons, par la croissance des lianes et des fougères

l'inextricable nous emmène

une formation engendrée par la terre-glaise et transformée par la lumière solaire

nous nous rejoignons en dehors de ce qui est dit par ceux qui voient autrement que nous

nous nous relions en présence de nous seulement ; nous, qui devançons le phénomène ou qui nous nous y embourbons

les globes sont ronds comme des yeux de lémuriens : nous y reviendrons ; presqu'au même endroit, nous réapparaîtrons en nous-mêmes, comme des étrangers familiers

j'ai grandi, et je quitte cette maison par trop habitée et visitée

je prends un gant et m'étouffe la bouche d'un bâillon, protecteur ; je laisse passer les heures

... pour que se nourrissent les fleurs et que s'épanouissent les ficus pleureurs

le temps s'étire dans la genèse des instants ; alors, laissons-le oeuvrer comme il le veut et admettons que les volontés ne sont pas nôtres

que nous percutions... un bulldozer ou une chenille, un Titan ou une plume de paon, nous sommes des survivants

ce qu'il nous reste à vivre est incertain et géant, fragile et tonitruant, discret et nucléaire

si nous le voulons, nous pouvons générer ce qui sème et planter des graines pour les générations plus vertes, plus crues, plus hardies, plus raccord au fond de l'existant

je me démène pour leur dire ; tu parviens à leur transmettre

imparfaitement, chacun, nous oeuvrons... dans le bruit des discours et dans le silence des apparences

l'empreinte de ton pas sera bien là ; la mienne sans doute pas : je ne m'en fais pas

je m'accommode du flou du réconfort et poursuis regard ouvert

tu observes mes élucubrations, qui hésitent à 'taire'

et chaque nuit, prématurément, tu éteins le matin qui guette nos attachements