son venin n'est rien

un essaim... de cristaux de neige, de plumes colorées, de paillettes de glace, de duvet blanc... de sommeils profonds

c'est coton ; c'est doux ; c'est léger ; c'est ralenti ; c'est zoomé ; c'est amorti ; c'est ressenti

cela vole dans l'air et tournoie en arabesques ; cela prend son temps et s'éveille lentement

brusquer ne permettrait pas de dissoudre le grain, de fusionner l'énergie, de désagréger la forme... romantique et absurde, naïve et poétique

un geste abrupt ! et la magie de la suspension s'évanouirait

là... on s'étend dans l'épaisseur moelleuse du gazon, et dans celle nourrissante de la volupté

c'est l'éprouvé d'une dilatation toute en transparence, d'un miroitement tout en brillance ; c'est l'épopée libre de l'âme, quand, sans ses jougs, celle-ci divague à sa propre envie ou folie

rien ne m'est imposé : je diffère les contraintes terrestres, jusqu'à préférer écrire à manger, câliner à dormir, marcher à parler

les volutes s'inscrivent dans la continuité de cette digression qui les laisse transparaître éphémères

et je m'enfouis ; et je m'extrais ; et j'apparais ; et je grandis ; et je m'allonge ; et j'atteins... ce qui jamais tout à fait ne s'éteint, ni ne rechigne spontanément à se manifester

je m'élance et prends de la vitesse ; je me tords et désavoue le thermomètre : quelque chose s'échauffe de mystérieux et, du gelé, passe à l'éveillé

du bien rangé passe au travaillé, de l'embobiné passe au conducteur, du froid passe à la fonte—comme en métallurgie

du repos passe à la fabrication, de l'ordre passe au chaos, du vide passe à l'ébullition—comme à l'atelier

l'artisanat de l'écrit est un processus de brûlure par le frottement des mots et par le bruissement de leurs tonalités, dans les phrases inversées

on ne sait avec qui 'danser', auprès de qui amorcer une conversation de fond

on pense comprendre, et puis on perd... l'immédiate finalité

en arrière-plan, celle-ci disparaît, tandis qu'un prochain rebond de pensée nous saisit

dans le raisonnement, rien n'est fiable, logique ou suivi... mais on aime : la grâce qui coupe l'attente certaine et diffère les enlisements mentaux

on se veut jaillissants et prolifiques

on se croit purs et marginaux

on est juste vivants ! tout juste naissants dans le bleu de l'air et créateurs dans le jaune de l'oeuf

le précieux nous est offert : le Temps—sa texture, sa consistance, son élasticité, son empâtement... et ses retours d'accélération

on le vit en géant ! on le gratifie de mille granularités spécifiques ; on l'épuise en de multiples 'coins'—qui resteraient muets, si on n'y était

on l'expérimente dans ses dimensions les plus secrètes—dans tous ses sourires et aussi ses replis ; dans toutes ses humeurs et aussi ses drôleries

on investit complètement ce que l'on ne vit

on se surprend, sans se compromettre, à simuler la musique qui nous épanouit et qui emplit l'atmosphère mal tournée

le tempo vécu est celui des mélopées, aux sons rigoureusement scandés ou radicalement concrets

quelque chose d'inconscient s'active et guide les lignes, comme en imitation des dynamiques auditives

terriblement

cette chorégraphie s'agrège à partir du coeur ; elle s'enivre de senteurs printanières et de sueur

elle transforme les ardeurs, les peurs et les candeurs ; elle régénère les forces, les désirs et les tendresses

il fallait que tu en sois !

il fallait qu'incertaine, je te donne la main... pour t'entraîner au loin ; même si je lâche ton destin

un vent nous frise, une chaleur nous enveloppe, une lumière nous importe

de l'intérieur, nous nous distinguons de la terre et des cieux, dans l'entre-deux

alors seulement, confiante, je me pose à tes côtés... sans rien oser

ce n'est pas que je t'aime, toi ; c'est que la poussée de l'aube, en nous, raconte comment 'ne pas faire' et comment 'nous retrouver' sans volonté

cette genèse nous habite pour de bon, et nous alignera longtemps

cette ascension restera notre repère auprès des Anges cajoleurs et charmeurs

chaque fois, Ils nous rappelleront qui nous sommes—quand, honnêtes et demandeurs, nous espérerons encore renaître

gentiment, armes à la main, Ils abdiqueront nos velléités et redresseront nos élans... non pour nous ramener au Néant, mais pour nous joindre à l'Infini

je tisse ma toile—alourdie par les gouttes salées des épreuves et des joies

je l'ensable définitivement pour ne jamais avoir à la rendre meurtrière... autour de moi

on ne la voit pas

mes soupçons sur son innocuité demeurent prudents : je la veux trouble et amère, génératrice et captivante

son venin n'est rien... ou si peu