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et je leur dis "merci"

mon coeur brûle... à petit feu, les braises gonflées encore intactes

je m'endors dans le fluide solaire de nos âmes entre guerre et paix

le silence me gagne ; ma peau s'apaise... et tout s'alite, s'évanouit et se régénère

les détentes sont le signe d'accords qui se reforment en mers, comme en montagnes

ainsi, je m'évide, me soulève et me dilate en ondes circulaires, chaudes et nacrées : en fait, c'est plein

ma joie danse, reposée, allégée, magnifiée, immolée... à la Flamme du Ciel

je fais simple... je fais court... je rythme le secours de ces lignes qui me disent que tu n'es pas parti... loin

j'imagine les vols d'aigles, amples, lisses et sereins, lancés sur des kilomètres sans nuages aucuns

j'imagine ta dernière demeure : le bois qui craque, l'odeur de cendres, la glisse sur le parquet, les pas dans l'escalier

tu es heureux ; ce gîte est fameux—couvert de rosée, tapissé de rosiers et croulant sous les noix ; à moins que les loirs n'en aient fait leur festin

je n'y suis pas

les écrans s'amoncellent : elle nous aime

et si tout était facile ? si ce qui inexorablement doit s'accomplir, simplement apparaissait et qu'on le suivait

tout part de nous—de cette lueur ou de ce jaillissement, de cet instinct à se projeter soi, de cette tendance à s'illimiter soi, sans vraiment 'se considérer' clairement

face à la vague : surfer ou plonger ; c'est rapide, direct, immédiat ; cela se fait là : qui se pose des questions ? pas moi

peut-être la mer est-elle trop plate ? moins inspirée qu'en d'autres endroits ?

ou peut-être bien que je suis une montagne, émergée du sol et érigée jusqu'au sommet, dans l'espace ; statique et phénoménale

là haut, il n'y a que le vent ; ses fins cheveux balayés aux cimes forment juste le peigne des nuages

une perpétuelle méditation, mais pas sans respiration... c'est pourquoi j'en reviens aux vagues, et à leur remuement

pour, en nous, simuler le geste de la Création et pour, en elles, signifier la présence de la Vie

'sortir' ? cela se fait tous les jours ; cela se construit aussi : on se conforme à sa propre constitution et on s'emmène ; bravement, on s'entraîne

trouver des relais—des amours, des sororités,... ; des jalons, des repères... pour en de nouveaux lieux nous harmoniser et nous créer, à notre échelle, petitement, au coeur du géant

si je savais que faire ?

absolue timidité, coeur rentré, mains serrées, moiteur transpirée, frissons piqués

le corps se raconte en un retrait : 'le faire' engendre la peur ; 'l'agir' au clair déclenche la terreur d'apparaître

l'autre, anonyme, ne nous rejoindra jamais... là où l'on est ; ignorant, il se trompera d'origine et manipulera nos rigueurs comme autant de combines

d'espoirs, on passera à malversations ; les déformations ne procurent aucune peine à celui qui les agite et les malmène

les miroirs sont par trop affligeants ; les messages n'arrivent pas à destination du commun des gens

pour que cela reste grand, cachons et ex-filtrons nos contenus aux moins mortels des sages et des truands—à ceux qui savent vraiment... le goût de la mer

ce qui sera pérenne s'ouvrira au bon moment

ce qui devra disparaître engloutira définitivement son auteur, et ses rumeurs

il y a l'enfance—recluse dans une chambre menaçante, sous les coups attaquant directement les plaies

il y a aussi 'l'après'—par la voix in-communicant, vierge, inadapté, asocial, déprimé ; dedans, c'est si pur, si blanc

l'inaptitude se prolonge comme une trace de sang éraflée sur un mur géant

et toi, qui me lis peut-être...

'ouvrir le rêve' n'est pas toujours facile ; la descente est progressive... douce et profonde ; l'horizon incliné

je ne redoute jamais d'y pénétrer ; j'invente mille manières de m'y abandonner et d'y subsister

quand on ne sait de quoi l'on va parler, on colle simplement à la réalité ; celle de l'instant qui se présente... et on décrit

... ce qui se télescope dans notre pensée ; on laisse filer... tout en rattrapant dans le filet les plus belles formes à considérer

aussitôt saisies, aussitôt abstraites, aussitôt évaporées... les limbes ne sont emplies que de formes évanouies, entièrement dissoutes dans l'acide de nos vies

me retiendras-tu ?... que je ne me disloque pas dans toi, comme toi dans moi

les situations se chaînent et les faire exister, c'est en soi-même les engluer ; moment après moment, rester proche de notre réel est ce qui nous fait être au plus vrai de ce que nous sommes

la fatigue est présente, donc je la dis ; l'inquiétude aussi—qui ne se formule à aucun endroit précis

je voudrais 'achever', au lieu sans cesse de tergiverser, de tournicoter ou d'hésiter ; je voudrais seulement m'épancher et m'extasier, sombrer et jouir, détendre et confronter, contracter et réaliser

je voudrais obtenir... une renaissance juvénile, une puissance spontanée, un advenir inspiré, une vitalité apaisée

je voudrais manifester... la fleur épanouie et le fruit mûr, la météo d'été et les chaleurs nocturnes

je voudrais... vivre

ma vacuité

du vent ; un semblant d'annonce, et puis plus rien

la vacuité peut être 'pleine'—dès lors qu'elle dynamise et grossit les phénoménalités au fil d'un flux changeant

la vacuité peut être 'vide'—dès lors qu'elle n'accroche rien d'autre que son ombre portée, sans relier, ni générer

la mienne pique-nique dans les pâquerettes, s'attarde dans les forêts, flâne dans les blés, savoure les ciels et s'adonne à la bicyclette

ma vacuité ne veut pas entendre parler de sa condition vaine et démodée, fade et fanée ; elle s'illusionne dans le présent et le fait 'émerger' !

elle est machine-à-broyer l'ascèse et l'ennui, le doute et le tourment ; elle active mes aléas de parcours et désamorce mes bombes au long court

elle permet à l'existence de naître et de se renouveler, de semer et de germer ; de se flétrir et de se ressourcer, de désespérer et de réapparaître

elle embarrasse les complexités faciles et facilite les gratuités anodines

tenace, à l'identique et authentique, elle se reproduit—indifférente

... aux commentaires et aux sermons, aux thèses et aux dictons