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aujourd'hui

aux heures de l'aube, la mer est violette : mystique ou psycho-spirituelle

à celles du jour, la mer me guette ; c'est une antre géante et sereine : une mère aimante et une reine

le soleil se trouve désormais au zénith de sa vie à l'orée de terre ; la lumière à pic est brutale, nette, et les ombres naines

je m'isole de la plage pour me retirer dans la forêt—plus humide et fraîche, plus absorbante et mystérieuse

j'y retrouve les eucalyptus en fleurs et mes amis les koalas—ceux-là mêmes qui dans mes rêves m'écoutent et qui de leur lenteur me freinent

partir là où l'anxiété depuis la matinée nous a installée, puis traverser le gué de l'autre côté et aller se reposer, avant de ré-émerger—cette fois mieux 'composée'

le sommeil dans le corps permet aux planètes en orbite de se stabiliser selon une trajectoire à la ligne lisse

le sommeil dans le coeur répare des pleures intérieures quand celles-ci déversent des tonnerres et des leurres

les misères ne se relèvent qu'en agissant dans des bains d'huiles essentielles

les artifices ne se défont qu'attendris dans des miroirs profonds, à l'abri de vasques emplies d'eau de source

cela sent bon

les écrans s'amoncellent : elle nous aime

et si tout était facile ? si ce qui inexorablement doit s'accomplir, simplement apparaissait et qu'on le suivait

tout part de nous—de cette lueur ou de ce jaillissement, de cet instinct à se projeter soi, de cette tendance à s'illimiter soi, sans vraiment 'se considérer' clairement

face à la vague : surfer ou plonger ; c'est rapide, direct, immédiat ; cela se fait là : qui se pose des questions ? pas moi

peut-être la mer est-elle trop plate ? moins inspirée qu'en d'autres endroits ?

ou peut-être bien que je suis une montagne, émergée du sol et érigée jusqu'au sommet, dans l'espace ; statique et phénoménale

là haut, il n'y a que le vent ; ses fins cheveux balayés aux cimes forment juste le peigne des nuages

une perpétuelle méditation, mais pas sans respiration... c'est pourquoi j'en reviens aux vagues, et à leur remuement

pour, en nous, simuler le geste de la Création et pour, en elles, signifier la présence de la Vie

'sortir' ? cela se fait tous les jours ; cela se construit aussi : on se conforme à sa propre constitution et on s'emmène ; bravement, on s'entraîne

trouver des relais—des amours, des sororités,... ; des jalons, des repères... pour en de nouveaux lieux nous harmoniser et nous créer, à notre échelle, petitement, au coeur du géant

... elle veut la mer

rien encore n'est écrit, et pourtant le titre déjà existe—exigeant, volontaire, trépignant : 'enfant'

et oui, je le serai restée—pour ma plus grande respiration, mon ultime exaltation

prendre l'air à plein poumon, et le descendre dans ses veines : s'établir dans de doux vertiges et voir l'espace en grand !

pas comme maintenant

mes plantes tapent à la fenêtre : elles filtrent le soleil qui jusqu'à elles brise le verre

je suis comme elles—sous la cloche de ma peine, que j'ai disposée moi-même

mes plantes s'alignent tels des soldats—chacune en son état, pour un bout de ciel, juste au-dessus de la petite place, à côté du marché

elles sont fidèles, car vivre ici est une gageure ; elles sont aimantes, car amoureusement arrosées ; tournées vers le dedans de l'appartement, elles apprennent à me rester 'belles'

je fais un peu comme elles

quelle part de moi veux-tu ? que je te montre l'autre côté

ce qui est trop concordant s'amenuise en dansant ; ce qui dissone allonge l'histoire et prolonge la mémoire

moi, l'homme

le manque, et c'est tout

pour te le dire à toi, affairé là-bas

pour l'entendre de moi, hirsute et veuve

la musique ne m'apaise pas ; elle poursuit ses propres rêves, étrangers aux miens bouleversés

je ne prends pas la mesure des pas d'aujourd'hui... puisque personne avec moi ne les écoute

les échos sont vides : le travail se fait loin de moi—qui persévère dans mes émois

mon entêtement à en découdre 'ici' me portera-t-il un jour vers eux ?

j'enroule une pelote grise, de la couleurs de ses yeux quand ils regardent l'océan

je ne sais 'qui' il est, mais je le pense solitaire et nomade, aventurier et écrivain

je ne le connais pas : je ne possède que ses yeux, enfouis dans le sac-à-vent que je trimballe depuis mes dix ans

je ne le connais pas, mais je soupçonne qu'il m'aime bien—par familiarité ou par obligation