on arrive au bout... des lignes de ce rêve hypothétiquement ouvert, pour une fin
on arrive, sans se dire 'quoi penser' : juste franchir, passer de l'autre côté et sauvegarder l'image brouillée du passé
toutes ces énergies qui n'ont pas construit
toutes ces narrations qui n'ont pas conduit
toutes ces vues qui n'ont pas perçu, au-dessus
tous ces horizons qui orageusement se sont bouchés
la foudre est tombée... directe et fraîche, acide et fatale, intrusive et létale
ce ne sera pas moi—qui fermerai la voie, qui aboutirai l'animal, qui clôturerai le mal ou endiguerai la mer
je suis un vent : je pars
je suis un souffle : je m'enraye
à bicyclette, je m'envole—mes E.T. autour de moi ; l'autre demeure à ses propres voiles harnaché et me regarde : il contemple mes indiscrétions, remonte les courants et participe de l'inaccessible
il s'égare dans les gares désaffectées—sans train de compensation, sans misère entre les rails
il s'invente des mystères, secondaires... mais c'est sans compter sur le 'flux vivant' qui l'é-conduit là où il ne veut plus
rien ne sert de retenir, ni de parvenir... 'rester là', sur le coussin de l'indétermination—claire et obscure, lucide et vigilante, offerte et désintéressée
je ne trouve pas l'autre ; effectivement, il n'y est pas... je ne me demande qu'à peine pourquoi
'mes mondes' pour lui ne sont pas ; ... pas autre chose que des filaments, des cerfs-volants, des firmaments ou des violations
incandescentes sont les intentions, immanentes sont les précisions
je n'écouterai que l'écume à fleur-de-vie, pour me redonner la grâce de poursuivre... et la terreur, et l'envie
que ne peut-on se prendre par la main et envisager son propre destin !
que ne peut-on infléchir les éléments qui nous résistent, sans les brusquer : les surfer... sans se les attacher
l'existence use, à moins d'une éclaircie dans le panorama, à moins d'une aube dans le bleu indigo des inconscients prédéterminés
quelqu'un viendrait-il me parler ?
... me dire que je dois bien 'exister' ? pour rompre les foules et escalader les vallées
briser le conformisme des pensées, dés-aligner la courbe des conforts et préparer une fusée sur un pas-de-tir
quitter la planète de naissance et dans l'espace s'évaporer... à la rencontre de notre autre Autre, second nous-mêmes, profonde nature
est-ce un Ange ou un extra-terrestre ? quelle est sa constitution ? quelle est sa manière de me parler et de se faire comprendre ?
quelle est cette mise-en-présence singulière, qui nous dit tout de nous ? de notre humanité
nous sommes fragiles, tous dans nos authenticités ; vulnérables, tous dans nos frissons
les peurs sont des soudures au-dedans ; l'Amour, le lien, une ouverture au 'disparaître' : car rien ne transparaîtra définitivement de nous, si ce n'est la puissance de la cohésion, le fugace de la temporalité, l'élégance de la synchronie
on ne naît que par effraction ; on ne meurt que par sagesse
je n'attends rien qui ne soit déjà donné : mon jardin est absolument fleuri ; il me suffit de le voir et de l'apprécier
les tensions sont réelles, mais idéelles : elle s'écrasent à l'aune d'une belle méditation, qui n'informe que le corps à s'imposer
les états sont subtils, mais estompés : ils se plaquent sur des aigreurs à 'mal aimer'—à désosser, à huiler, puis à ré-incarner de l'autre côté
les vers poussent à l'intérieur et génèrent d'autres vers—des poèmes qui sonnent à l'unisson, dans des flous de tergiversation
j'abdique alors et me laisse griser par l'a-perception des neurones—sans r-ai-sonance aucune—continuité, assiduité ou fidélité
les musiques dansent et quittent cette anatomie engoncée dans le matelas du canapé ; la silhouette devient gracile et patine sur le glacier
les crevasses l'appellent à créer le mouvement géant, à renverser la saine stabilité, à pénétrer la souffrance naissante
la vérité réside dans ton ancre-maîtresse, qui te fait défaillir dès lors que l'Ange de ses mains est amputé
ta chute vacille l'ordre mental de tes représentations et t'incorpore dans une autre dimension : basculer nécessite d'abandonner ta lutte, de ne plus à toi-même te fier et d'imaginer que l'Autre en toi agit comme un Ciel
je ne demande jamais rien, mais quand je tombe, je laisse faire... j'accentue même les liaisons avec l'Enfer, afin de le congédier
je ne demande jamais rien, pourtant de temps en temps l'illusion m'aveugle ; impunément, elle dilate ma non-densité, mais calcule aussi ma marge de manoeuvre
je m'en extrais, neuve !
je ne m'émarge que pour 'travailler', ne m'éboule que pour 'structurer'
je promène les chiens—ceux qui le veulent bien ; les chats, au hasard, se baladent sur mes toits : cette nuit encore, pour me rassurer
... sur l'après
notre 'soin d'exister' se perd à chaque machine-à-laver ; l'inconsistance se révèle dès notre réveil dans notre mal-de-dos ; et notre peine, à-tâtons, s'amène : est-elle plus vraie ?
je t'enlève