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j'ai grandi

à partir du moment où l'on ne vous abat pas, vous continuez... à errer, à bercer, à hurler, à créer

à partir du moment où l'on ne vous embrasse pas, vous poursuivez votre longue distraction, votre lente improvisation

... d'une main, sans que personne n'en sache rien

j'ai besoin

je vous veux du bien, même si j'écris du mal ; je vous veux présents, même si je mesure votre désir d'une simple compréhension

je soupèse les attentes et divague entre les idées : c'est la vie de la psyché, par défaut... quand physiologiquement connectée aux entrailles

j'entrelace les démons et me rattrape en Agapé—tout doucement neutralisée

mes forces soudain s'interrogent : je comprends ! ce qui à l'époque l'avait rendu si résistant et muet : il nous voyait partir toutes les deux du 'même côté'—comme une seule et même trahison non-coordonnée

aujourd'hui, le climat est autre ; aujourd'hui, j'assume assez tranquillement mes deux liens : j'ouvre l'espace pour que tout le monde y tienne et y revienne

je ne décide rien—surtout pas ; entre mes mondes, tous inexistants, je n'ai que moi à récupérer en méditation

les sages vous diront qu'ils ne lévitent pas, mais moi, je le fais... sans échapper, ni trouver quiconque en personne

son venin n'est rien

un essaim... de cristaux de neige, de plumes colorées, de paillettes de glace, de duvet blanc... de sommeils profonds

c'est coton ; c'est doux ; c'est léger ; c'est ralenti ; c'est zoomé ; c'est amorti ; c'est ressenti

cela vole dans l'air et tournoie en arabesques ; cela prend son temps et s'éveille lentement

brusquer ne permettrait pas de dissoudre le grain, de fusionner l'énergie, de désagréger la forme... romantique et absurde, naïve et poétique

un geste abrupt ! et la magie de la suspension s'évanouirait

là... on s'étend dans l'épaisseur moelleuse du gazon, et dans celle nourrissante de la volupté

c'est l'éprouvé d'une dilatation toute en transparence, d'un miroitement tout en brillance ; c'est l'épopée libre de l'âme, quand, sans ses jougs, celle-ci divague à sa propre envie ou folie

rien ne m'est imposé : je diffère les contraintes terrestres, jusqu'à préférer écrire à manger, câliner à dormir, marcher à parler

les volutes s'inscrivent dans la continuité de cette digression qui les laisse transparaître éphémères

et je m'enfouis ; et je m'extrais ; et j'apparais ; et je grandis ; et je m'allonge ; et j'atteins... ce qui jamais tout à fait ne s'éteint, ni ne rechigne spontanément à se manifester

mon premier texte qui revient

et si je ne disais rien

écoutons la façon dont je m'éprends à l'oreille de mes propres mots

contemplons l'horizon chaviré par la tendresse des sons et la naïveté des impressions

il bouge en rythme : il manifeste les pulsations encore vives de ma raison

c'est beau, peut-être flou... de trop de vapeurs emmagasinées par les années

c'est plein et vétuste ; ça crie à l'envie... ça refoule l'agonie

ça danse comme un futur en rut, comme une impatience en suspens, comme une genèse en frustration

... je m'alimente des relents passés pour amorcer ce qui ne se négociera plus sur la route

plus de doute

il est tout de même long le chemin de nos essais ; il brûle aussi

la fin des choses n'est pas ; elle flirte innocemment avec leur début