sans titre

sans titre

trouver des mots... que l'on n'a pas encore dits ; laisser surgir l'image... que l'on n'a pas encore traduite

s'occuper des autres et épuiser sa propre capacité de rêve

demeurer dans le coeur d'énergie, là où le sol se pénètre encore

avouer et manifester sa fatigue mentale—coupable de passion, d'implication et de satisfaction

fumer

partir dans les nuées : ne même plus imaginer ; se sentir grésiller : obscurcir chaque écran parasité

dormir pour se reconstituer ; en fait, simuler et craquer

les plantes sont plus sages, moins éreintées ; leurs morphogenèses sont plus sincères : même nouées, elles ne tendent que vers la lumière

les nôtres, mises à l'épreuve, sont plus accidentées, plus déglinguées ; elles courent à la fois plusieurs lièvres, sans en attraper finalement aucun

se reconstituer lentement, comme après l'effort—celui de la matinée

céder à l'appel diurne qui ne demande qu'à se dérober... ou qu'à s'illustrer

s'y retrouver seule dans le froid—inhabitée pour une fois, parce que l'on a trop 'donné', 'altérisé', 'sondé', 'alchimisé'

la chaleur intérieure est la même chaque fois ; le magnétisme opère selon sa propre histoire, et les humains repartent pleins et sereins

alors, téléphone éteint, je n'argumente plus ; et le moment avec eux s'estompe doucement

sans plus de voix, me restent l'expérience et sa trace ; sans plus de regard, m'apparaissent les espoirs et leurs métamorphoses

en eux, je réalise quelque chose de 'moi' et m'éloigne de 'toi'

ces déplacements sont courants ; et, au milieu, le temps s'écoule sans qu'on y soit vraiment

je déclare de profondes absences et des liens desserrés avec les miens

je revendique l'absolue vacuité de moi-même et envisage le repos comme remède

je ne tiens pas longtemps—pas assez la relation ; je n'approfondis pas la question, mais protège en moi tous les rebonds

le rythme m'abandonne, mais je me livre 'comme cela', librement, sans rien travestir de l'état

je vous emmène peut-être là où je ne vais pas—ou si, juste là...

je craque une allumette, mais l'étincelle sur le papier sec ne prend pas ; la braise, sans doute trop mouillée, agonise des éclats passés

la musique berce une âme endormie qui poursuit l'écrit dans sa tête, à la seule écoute

c'est bref et romantique ; cela me tient par la main... jusqu'à l'écueil d'un chemin, qui nulle part heureusement ne mène

aucune manoeuvre, aucun but, aucun résultat ; aucun "je t'aime", même avec toi

aucune finalité, aucune réjouissance, aucune libération ; aucun engagement—avec ou sans eux

un présent éternel, qui ne sait où il va, dans un environnement fuyant, une perspective moqueuse, une trajectoire boudeuse

je m'enracine en "toi"—qui est là et que je ne connais pas ; l'écrit progressivement me réanime comme un oxygène brûlant

je consume ses ballons et me gonfle de virtuel

reprendre consistance, c'est rejoindre l'autre monde, parallèle au nôtre, et n'en revenir qu'au prix des lignes produites

l'ivresse ne se gagne qu'au fil de l'ascension, en un sens 'mortelle' en son renouvellement permanent

immergée dans le flow, je ne saisis qu'imparfaitement ce sur quoi je m'appuie, et tombe... de plaisir et d'ennui

aucune gravité à ne rien poursuivre, ni à ne rien narrer de semblable à un récit emblématique ou canonique

on se glisse dans le moment qui, au coeur de la toile, dévoile l'araignée cannibale d'elle-même

on intègre les rumeurs de ceux qui se démènent ; on absorbe leurs aigreurs et on note leur maigreur

on n'agit absolument pas pour soi-même ; et pourtant on savoure les mises-en-proportion de tous ces mystères enchaînés en eux-mêmes

jamais tout-à-fait on ne se dégagera de là : on aime trop les continuités quand elles chevauchent les architectures plurielles ou accélèrent les pulsions fatales

on apprécie trop les scorpions et leurs troupes d'enlumineurs

on adhère trop aux animaux de pouvoir, dès que ceux-ci nous éconduisent dans leurs dimensions

on déraisonne simplement de ne pas être assez 'bête' pour s'émouvoir

car le mur est sec, là devant soi—trop tard

le mur flamboie dans son épaisseur de tôle irréelle ; sa silhouette fond, se tord et tournoie ; bientôt, en moi il fusionnera et descendra, là où je ne sais pas

ce bout de plâtre initial aura fait long feu de mes sentiments, imprévisibles et grands

je n'ai plus qu'à m'asseoir sur ce banc et à t'observer, toi, dans la démesure de tes visions

mes silences seront des colombes d'or et mes lueurs des chenilles vertes, pour ne prononcer que le suffisant

le nécessaire fera foi, en cette loi rigoureuse du karma

lissons nos voiles et claquons-les, au lieu toujours de les déverguer et de les plier : l'horizon est violent

j'attendrai demain pour te donner des nouvelles

surtout si tu n'y es pas