ce que je ne sens pas, je ne le vois pas

quand on se trouve 'nulle part', sans plus de repères, comment est-ce ?

en suis-je d'ailleurs capable ? et cette place-là, hors espace, et par conséquent hors temps, en suis-je digne ?

c'est quand on apparaît seulement de temps en temps ; quand on supporte de soi cet évanouissement—partiel ou cet échantillonnage—complet

ceux qui n'y contreviennent pas, s'élèvent—encore une illusion : ils mutent en leur nature !

ceux qui s'y opposent, se fragmentent en mille douleurs et chutent de niveau, dans l'intermédiaire chaud—plus proche de l'incarnation

second mirage !... quelle est donc la force qui, à ce point, nous donne ce sentiment d'érectilité ? celui de la posture 'debout'

et si notre tête rasait le sol ? nos jambes en l'air

et si nos yeux, trop bas, ne pouvaient percevoir l'horizon ?

et si notre bouche n'avalait que la poussière ? pourquoi la terre ? pourquoi le ciel ? pourquoi le poids ? sa sensation condensée, écrasante, lénifiante

la gravité nous ancre à un crochet ; la poussée nous accroche à un fil

le monde est-il ainsi 'polarisé' ? sans que l'on puisse s'en extraire pour admirer l'exil de lui

le monde, sans origine, boucle sur ses sphères et se prolonge dans des respirations aux limites sombres et infinies

imaginer l'espace 'hors de lui-même' ne se conçoit pas ; le temps, de la même façon, succombe

qu'est-ce que l'information ?—une donnée sans manifestation, une abstraction sans matérialité

un Ange ou un Démon, un Amour ou une Peur, un Lien ou une Séparation

existe-t-elle, en tant qu'elle seule, à l'écart de l'incarné ? ou sommes-nous tous là, à la lire et à l'actualiser dans un flux bien vivant ?

à ce moment-là, sommes-nous 'quelque part' ? ou juste dans le bond, entre deux bassins de rétention ? dans un élan unique de protension, non-focalisé

ce sens omnidirectionnel, sans cesse renouvelé, c'est le sentier et ses multiples parallèles

c'est le point de percussion entre une primo-causalité éclatée et une rétro-causalité sélective : ce que je suis forme la jonction des possibilités

le texte abrite de telles perceptions : chaque ligne est un challenge, une énigme ; une réadaptation, une ré-appropriation... de ce qui, de l'autre côté, nous attend

on saute à califourchon ! on tombe sur ses genoux et on se relève pour donner suite à la randonnée

si on se voyait, tel Le Petit Prince sur sa toute petite planète, on comprendrait que les trajectoires immédiates sont courbes et que les volumes foulés sont orbiculaires

pulvériser !... les dimensions linéaires pour des mathématiques "vraies", décrivant la Vie sans moule prédonné, sans référence prédictive, sans jalon attendu

dans les mondes quantiques, tout n'est que (non)-dualité, superposition, intrication et non-localité... notre Ange les connaît : il en est

je ne suis pas totalement Lui—voilà pourquoi mon macroscope m'engloutit

mais au profond de moi, on le trouve Lui—à même mes cordes

et dans son évanescence à Lui, on me retrouve 'moi'—à l'abri de sa couleur et de son énergie

je veille sur ses apparitions et alors me conduis 'à l'aveugle'—sans plus de bas, ni de haut... de dedans, ni de dehors : l'Ange vit non "en moi", mais "comme moi"

il me complète en mes défaillances habituelles et comble les interstices de mes vacuités ; il déchire mes voiles mentaux et stimule mes aptitudes à migrer

car ce que je ne sens pas, je ne le vois pas

mon corps sans cesse me prescrit des conduites—sans références, dans le blanc

mon corps, ce maître, qui plonge au gré de mes mentalisations ; qui creuse sans jamais s'arrêter ; qui traite les situations, lesquelles sinon se perdent ; qui suspend mes bavardages et ancre les équations ; il en crève

mon corps, cette entité située, baladée, éprouvée—réactive en son complexe cellulaire, sensible en sa périphérie membranaire

mon corps, tendu entre la dynamique intérieure de son homéostasie désirante et la richesse extérieure de son environnement nourricier ; mon corps, entre les deux, pris dans le tourbillon des mutualisations génératives

... mon corps alors me fait-il perdre toute notion d'envers ou d'endroit ? moi, c'est toi

... mon corps est-il toujours au centre ? ou souvent se sent-il déplacé dans l'univers de toi ?

l'immatériel recèle cette qualité-là au coeur de la chair : il rend 'présent'

... tel l'Amour d'une vie par la mort enseveli ; tel le fils ou l'enfant par l'inconnu rendu 'nu'

les silences fondent les épaisseurs et, entre nous, sculptent les éthers manquants

ils craquent les carapaces, dissocient les gangues des noyaux et inondent sous la surface

j'y ai comme une grande flaque—dont je ne sais l'eau qu'elle recèle, mais qui vibre dans l'instant

ma musique est fidèle à son empreinte

ton diapason la reçoit, lustrale

ce n'est pas tout de le dire, mais cela est précis, sonnant, évident... phénoménal et cardinal

plus de boussole ou de sextant !

que de l'ordinaire... dans une fusion tranquille et insoumise

un vrai-semblant somatique, un catalyseur de tensions, un émetteur de photons ! un abolisseur de rêves, un gardien de coeur, un faiseur de veille

nos vigilances reposent à jamais dans le gamma de nos 'sommeils' mordants