c'est comme si j'avais tout dit
comme si, groggy, une armée entière de soldats regagnait dispersée sa caserne pour un temps de repos, d'entraînement et de réserve
comme si, lasse, une envolée d'oiseaux gigantesques écourtait soudain sa migration subsaharienne pour un ciel d'azur plus tranquille
improbable, et sans doute trompeur
tout est en ordre, ou presque
au moins une fois, chaque mot courant que j'emploie a été soulevé, soupesé, évalué et livré
au moins une fois, je me serais tracassée et irritée, butée et surmenée, peinée et bouleversée... pour un bout de campement déserté
habité par moi seule et nourri de mes voeux
j'y vis en ermite et me relie... au plus que divin
j'y enracine mes arbres et lance mes fusées ; j'y argumente mes mystères et délire à propos de mes escargots
j'y patine mon chemin et cire tous les parquets ; j'y attends que la porte s'ouvre et que se montrent les vautours
mais encore 'en vie' je suis