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qu'est-ce qu'être humain ?

il est des jours qui font des ronds dans les souffles exogènes

qu'y a-t-il de particulièrement 'humain' à humer les parfums, les brumes et les fumées du village d'à côté ?

les voix sont portées ; elles se projettent comme des ondes à ras la terre : des basses résonantes dans la vie de la biosphère

les palmes s'en agitent et les lombrics s'en tortillent ; les chants du ciel les rejoignent par salves transparentes, se ménageant des trouées

... des accès—car si je veux "aller", c'est pour m'échapper !... de ma condition et de mon évolution ; ... pour happer l'air

mes poumons, remplis d'humidité, se trouvent définitivement en manque de liberté—de fusion et d'expansion

ils pourraient venir 'me prendre' et ultimement m'emmener hors cadre, pour voler, planer, flotter, rêver : ils sont doux, légers, renflés, ballonnés,... joueurs, rieurs et tricheurs

ils aiment la randonnée quand celle-ci est d'altitude céleste—et qu'innocemment ils peuvent se brûler jusqu'à l'évanouissement

ils aiment les sorties dans l'interstellaire—pas plus diurnes que nocturnes, pas moins cuisantes que givrées, aussi vertigineuses que grisantes : le vide les gorge de planètes

le 'rien' n'existe pas pour la quintessence saine en quête de manifestations

le tangible est fait d'images qui grillent toutes dans le vide quantique—où l'on se retrouve

ce que je ne sens pas, je ne le vois pas

quand on se trouve 'nulle part', sans plus de repères, comment est-ce ?

en suis-je d'ailleurs capable ? et cette place-là, hors espace, et par conséquent hors temps, en suis-je digne ?

c'est quand on apparaît seulement de temps en temps ; quand on supporte de soi cet évanouissement—partiel ou cet échantillonnage—complet

ceux qui n'y contreviennent pas, s'élèvent—encore une illusion : ils mutent en leur nature !

ceux qui s'y opposent, se fragmentent en mille douleurs et chutent de niveau, dans l'intermédiaire chaud—plus proche de l'incarnation

second mirage !... quelle est donc la force qui, à ce point, nous donne ce sentiment d'érectilité ? celui de la posture 'debout'

et si notre tête rasait le sol ? nos jambes en l'air

et si nos yeux, trop bas, ne pouvaient percevoir l'horizon ?

et si notre bouche n'avalait que la poussière ? pourquoi la terre ? pourquoi le ciel ? pourquoi le poids ? sa sensation condensée, écrasante, lénifiante

la gravité nous ancre à un crochet ; la poussée nous accroche à un fil

le monde est-il ainsi 'polarisé' ? sans que l'on puisse s'en extraire pour admirer l'exil de lui

le monde, sans origine, boucle sur ses sphères et se prolonge dans des respirations aux limites sombres et infinies

imaginer l'espace 'hors de lui-même' ne se conçoit pas ; le temps, de la même façon, succombe

ultime 'tout'

on arrive au bout... des lignes de ce rêve hypothétiquement ouvert, pour une fin

on arrive, sans se dire 'quoi penser' : juste franchir, passer de l'autre côté et sauvegarder l'image brouillée du passé

toutes ces énergies qui n'ont pas construit

toutes ces narrations qui n'ont pas conduit

toutes ces vues qui n'ont pas perçu, au-dessus

tous ces horizons qui orageusement se sont bouchés

la foudre est tombée... directe et fraîche, acide et fatale, intrusive et létale

ce ne sera pas moi—qui fermerai la voie, qui aboutirai l'animal, qui clôturerai le mal ou endiguerai la mer

je suis un vent : je pars

je suis un souffle : je m'enraye

à bicyclette, je m'envole—mes E.T. autour de moi ; l'autre demeure à ses propres voiles harnaché et me regarde : il contemple mes indiscrétions, remonte les courants et participe de l'inaccessible

feed your demons

un moment de réconfort, là où se déverse toute la tendresse de nos heures passées—retenue, compressée, abandonnée, oubliée

parce que l'angoisse des fois présente se fait plus prégnante que le coeur et l'ardeur

parce que le caractère des fois se manifeste plus volontaire que l'attention et l'écoute

parce qu'on coupe !

on s'afflige et on s'inflige... des punitions en s'empêchant de vivre dans sa propre respiration : on la dévie à l'envie, et on s'ennuie

... à ne plus sentir ce qui nous meut, nous creuse ou nous recompose

absent, on s'inscrit "absent" ; on renonce à nos droits et on défie nos devoirs ; on n'argumente même pas ; on accentue notre effacement, on hausse notre ricanement et on abaisse notre pulsation

notre identité s'estompe au profit de notre fantôme, qui n'attend que nous pour dans les limbes exister et errer

on affaiblit notre forme pour la dissoudre dans le sel caustique des flux mutants

on disparaît dans les gémissements pour surtout ne pas devenir "plus grand"

on s'endeuille de misère et de sacrifice, de grimace et de dégoût : notre candeur perd de sa blancheur et de sa fraîcheur ; on se rétracte comme un nautile dans sa gangue millénaire, comme un fossile dans son ancestral mystère

dans les miroirs, on ne voit plus que soi—à mille reflets pâles et discrets, à mille silhouettes tristes et pliées