un jour au-delà

un jour au-delà... et tout a basculé dans le berceau initial

un jour par-delà, et le destin... là, tout frais, tout fort... tout plat

je n'envisage pas de me relever ; je m'allonge nûment dans le vrai—dans la droiture des armures, dans l'audace pour l'après

j'entre définitivement dans l'antichambre du repos sans fin des âmes assagies, ou abruties

je l'y rejoins ; c'est presque certain... et c'est sans doute pour cela que j'y vais, inconsciente de mon chagrin, abandonnée à mon entrain

sur la terrasse, seule, face à l'océan tumultueux, j'affronte crument 'mes choix'—ces fichues bestioles que savamment j'ai scrutées, pesées, déstabilisées, puis engagées

sur la terrasse, seule, face à l'océan chaleureux, je lis et contemple 'mes rêves'—ceux d'il y a seulement vingt ans, quand j'écrivais ces poèmes et vivais aux limites de moi-même

je les conçois ce soir comme des appels à l'unisson, comme des envies de rébellion, comme des gestes d'affirmation : les couloirs aux mille portes closes, nous invitent à poursuivre le chemin en eux—rien qu'en eux, jusqu'à l'arrivée frontale, drastique et familière, qui ne pardonne rien, mais qui élève

j'y arrive dans le blanc numineux de mon corps et de ma psyché ; j'y pénètre dans le feu arc-en-ciel de mes bras et de mes maxillaires

j'y accapare le Ciel, lui souriant divinement, apocalyptiquement ; gracieusement, furieusement

je veux !

... rien de spécial en fait ; sans doute, à ce moment-là : "disparaître !"—parce que je l'ai absolument désiré et mérité

rien ne sert de trop s'attarder, ni de constamment se recycler

à l'aune des années, on a vieilli ; on a compris—peut-être pas 'tout', mais l'essentiel des obstructions et des combinaisons, l'important des glissements et des avènements

on aurait pu 'mieux'... peut-être ; on aurait surtout voulu un vase plus plein, une coupe plus généreuse

mais c'est ainsi

qui sait ce que vaut ce que l'on creuse en l'instant ? qui connaît le prix de la galère quand celle-ci fore dans l'or ? le calvaire alors peut-être s'aligne-t-il sur la ligne de guérison ?

pour quoi, pour qui oeuvre-t-on ? pas pour soi ! même si l'on en fait partie

... pour la lignée dont on vient et pour celle qui nous suit ; pour ce lien, ce relais ou ce cordon... qui ne demande qu'à "être", lui

nous, simples grains—solidaire du roulement général, et cependant isolés dans la construction communautaire

nous nous bousculons—nous nous armons ou nous blottissons ; nous nous doublons ou nous secondons

nous sommes des grandeurs et des misères ; des spectacles et des fourrières : doucement, nous nous usons, nous nous quittons ; nous nous lions, nous nous impliquons

jamais nous n'y pensons

car jamais nous ne savons si cela est juste 'bon'—admirable et utile

car jamais nous ne nous disons qu'il nous faut arrêter la mule ; non, telle la Vie, nous continuons, nous oeuvrons, nous chérissons... ce qui bien vite s'efface sur la grève devant nos yeux meurtris

rien ne se retient dans ce qui vient ; rien ne se soustrait au bonheur vif et lacunaire

je respire... un peu ; je m'émeus... si fière des visions et si préoccupée par les ornières

les miens sont loin ; toi, tu en prends la voie—directement téléporté dans le proche univers

je reste là—où rien n'est davantage 'moi' que 'toi', ou que 'lui'—parfait étranger à mes scenarii

je lui demande 'Irène' ; il me répond : violon, nage, verbe, adresse et rugosité

je comprends que l'axe principal est occupé ; que tout le reste est élagué ; et que la coque de mon marron s'est brisée

je n'en veux à personne ; le soleil tonne !

c'est beau comme une fusée ; mars alors nous atomise et saturne tristement le regarde ; vers le bas, elle éternise

chaque fois, nous nous ensevelissons dans nos trêves ; nous nous courbons jusqu'à nos pieds et nous ramassons des millepattes aux accents goguenards

c'est fou ces bêtes-là ! ça ne s'emmêle pas : ça s'enroule et ça se déroule, comme nous, en un mouvement fidèle—fluide, constant, immuable

ça s'enraye et se dévoie aussi, quand le caillou incise dans la plaie et gicle le pus

jamais ce ne sera fini... et pourtant, jamais élaboré, ni accompli : car jamais totalement 'senti'

mon 'je' s'achèvera sur un pic—ainsi sauvé des avalanches et des tsunamis, ainsi exposé aux vents et aux pluies

personne ne le regrettera—pas même moi

personne ne le perpétuera—sans quoi, cela serait déjà

alors, ne demeure que la Joie, enlacée en elle-même, dans le cadran final

en profiter serait comme exhaler... au nez, le plus doux des parfums, et à l'oreille, la plus onctueuse des sonorités

une effluve rosée, une touche sacrée, une note exaltée, une fugacité ombrée

on n'en est pas là

on souhaiterait s'y projeter, mais le canapé nous retient ; on accepterait de s'y détendre, mais l'exigence nous dresse

il nous faut 'résister', encore quelques années

...