les écrans s'amoncellent : elle nous aime

et si tout était facile ? si ce qui inexorablement doit s'accomplir, simplement apparaissait et qu'on le suivait

tout part de nous—de cette lueur ou de ce jaillissement, de cet instinct à se projeter soi, de cette tendance à s'illimiter soi, sans vraiment 'se considérer' clairement

face à la vague : surfer ou plonger ; c'est rapide, direct, immédiat ; cela se fait là : qui se pose des questions ? pas moi

peut-être la mer est-elle trop plate ? moins inspirée qu'en d'autres endroits ?

ou peut-être bien que je suis une montagne, émergée du sol et érigée jusqu'au sommet, dans l'espace ; statique et phénoménale

là haut, il n'y a que le vent ; ses fins cheveux balayés aux cimes forment juste le peigne des nuages

une perpétuelle méditation, mais pas sans respiration... c'est pourquoi j'en reviens aux vagues, et à leur remuement

pour, en nous, simuler le geste de la Création et pour, en elles, signifier la présence de la Vie

'sortir' ? cela se fait tous les jours ; cela se construit aussi : on se conforme à sa propre constitution et on s'emmène ; bravement, on s'entraîne

trouver des relais—des amours, des sororités,... ; des jalons, des repères... pour en de nouveaux lieux nous harmoniser et nous créer, à notre échelle, petitement, au coeur du géant

ne pas arrêter de respirer ; penser à la mer—pas à celle qui jamais ne nous a ouvert ses bras

ne pas suspendre son pas ; penser au ciel—à celui qui nous attache à l'air par son fil d'or et d'argent

à grandes foulées, alors, parcourir prudemment ce qu'il nous reste de terres à portée

guetter le hasard et le regard d'un autre qui, comme nous, vise ses derniers jours

se croiser et commencer, par le corps, à s'accorder : à la manière d'une danse-contact, inscrire la genèse avec audace dans nos morphologies

essayer, et tracer la carte des contours entre elle / lui et moi ; s'appuyer sur la situation pour en faire advenir une nouvelle et ainsi se hisser jusqu'à plus de sel, plus d'haleine, plus d'azur

veiller à son souffle ; l'économiser pour en prolonger la chaleur ; l'amplifier pour en écourter le sommeil

se fondre dans son rêve : s'emplir de pulsion à l'inspire, se libérer des suées à l'expire

le souffle, cette sève qui, bien malgré nous, nous habite et nous gonfle... pour nous obliger à dire "oui" aux limbes et aux amants

le souffle que l'on se donne pour ensemble co-exister—s'approfondir et délirer

la confiance ouvre en soi l'entrée de grottes, dans les goulots desquelles on descend ficelé

la présence désinhibe ce qui peut éclater sans règles, comme un coup de foudre ou de joie

les pratiques nous guident ; ne pas les honorer aussi...

mon rayonnement, je ne l'ai qu'en fluctuant, comme chaque première fois que mes poumons se dilatent

mon rayonnement, je ne l'ai qu'en suivant cette danse en soi, qui bouscule tout dans l'appartement

la précision me vient de la glace, quand la glisse installe la relation—son tempo, sa musique, sa forme, sa chorégraphie

cela va vite, se fixe, s'enchaîne et se marie ! cela surgit, file, s'articule et se mêle...

alors je peux dire qui tu es pour moi, et comment je peux fonctionner en toi : au travers de quelle mouvance, de quelle expression, de quelle coordination

face à face, nous éclairons nos singularités en nous illuminant à la vitesse d'un couple en oscillation, en mobilité, en élan... en envolement

le monde ici se fabrique fluide—sans avis, ni remaniement

tout se tait—qui bien sûr 'sait'

s'envoyer au firmament, et après ?

sera-t-on jugés pour cela ? s'en extraira-t-on accablés ou loués ? que comprendront les yeux ?

les écrans s'amoncellent ; nos apparences se figent et les perceptions se ferment

quand dépassera-t-on le film psychique ? engagera-t-on un jour sa chair ? à bouger dans les bouffées et les effluves

tous les refuges finissent par devenir des tombes ; tous les tableaux achèvent de se transformer en miroirs gênants

la mise-en-abime parle d'elle-même à ceux qui tiennent compte de l'isolement, de l'assèchement, et peut-être de la folie

ignorer ces corollaires revient à ouvrir le possible et à installer la joie !

nous faut-il tant d'inconscience ? voire tant d'ignorance... pour innocemment continuer à persévérer, sans lassitude et sans haine ?

couper la pellicule et imaginer une succession... de clapots : elle est là, dans nos neurones, assurée d'être "mère"

remonter la trajectoire des sirènes et comprendre que cet amour-là, c'est le même

même si on est fier, même si on est faible, on peut se liquéfier, dans elle, et apprendre de son aspiration

elle nous aime—en l'humanité échappée d'elle

le reste ne nous appartient plus ; le reste à l'univers est rendu, libre et tendu

souvent, aller se baigner pour s'imprégner, en son sein dormant, de son ample relent

se faire balloter gentiment et transporter aux temps d'avant—ceux 'perdus', puisque jamais en arrière ils ne reviennent

se croire 'élu' par l'instant, et 'vaincu' par la peur... sans plus aucunement la ressentir

l'élément "mer" est en soi présent, au gré de la lune et des marées, des attractions et des inondations

"viens en moi" que je sois toi au rythme d'elle

"pénètre en toi" que je sois moi au fil de tes veines