écrire, est-ce s'échapper ? vivre en dehors du décors ?... ou bien s'activer sur scène ? en pleines splendeur et misère ?
écrire, est-ce s'élancer ? partir à la conquête ?... ou bien se rétracter ? reconquérir son nid ?
j'avoue que je ne sais
si les regards autour de moi un jour se croisent, c'est que la diffusion se sera révélée 'actuelle' et que le noyau aura fait cible en autrui
si alors on vit mieux ; si alors on meurt mieux... c'est que l'espace au milieu aura gagné sur l'insuffisance autour
si une fois, une seule, l'important ouvre la voie... c'est qu'entre nous, 'la communion' sera manifestée à la mesure des métamorphoses essentielles et pérennes
ensemble, nous mutons ; ensemble, nous engendrons ce qui nous fait disparaître 'à nous-mêmes'
d'un même souffle, nous bougeons ; en un même flux, nous évoluons ; indéfiniment, nous poursuivons... ce qui dans le temps s'use en existant
de la poudre de ciel, de la poussière de sol... et de l'éclat instantané
on s'oublie, pour en soi-même surgir charnellement à ses pensées
on se perd, pour en l'autre absorber le bouillon des manifestations
c'est présent et inconsistant ; c'est incorporé et non-localisé, dynamique et omni-conscient
c'est incompréhensible et proche, inaccessible et familier, grandissime et simplissime : on est 'fait' pour cela
que demander d'autre à notre nature d'homme ? si ce n'est de s'accomplir en notre radicale ubiquité, en notre ultime raison de méditer
... un assemble de matière et d'éther—qui s'accouche dans la joie
... le couplage du biogène et du formel—qui se structure dans la grâce
j'aime parler de cela, qui me transporte au coeur, qui m'immerge sans heurt
j'aime me rendre à cet état que j'ai brièvement traversé dans le ventre de ma mère et que je ne reconnais pas, là
j'aime le restituer comme si je pouvais mieux le revivre et davantage l'incarner
il est l'étincelle d'origine, le lancement du 'oui' : la genèse individuelle, la prise-de-forme unique et singulière ; il est chaque vivant en son cri
s'interroger dans l'eau, avant de rencontrer l'air, c'est re-parcourir la phylo-gestation de l'espèce
c'est se féconder pleinement en son yin, avant d'enfourcher vaillamment son yang
c'est visiter les multi-dimensions du réacteur créateur de la boule 'univers'
forcément, on est bousculé ; évidemment, on entre en résistance au mouvement obligé : cette formulation de nous pas toujours acceptée
la Joie réside en l'adéquation à sa naissance, au travers des âges et des situations
la Joie, c'est éviter les complexités liées à la distance—à l'erreur perceptive et à l'outrance imaginative ; oui, la Joie, au contraire, c'est 'coller' ! adhérer et accéderc'est glisser dans soi
c'est y entraîner l'autre
... et tourner sur nous-mêmes en une valse liant les éléments dans le spatio-temporel apparent
la Joie, c'est quand tu es agissant et peuplé
alors, 'la réserve', et ses stocks, sont vidés et refermés : disloqués dans l'instant de la générativité, ils cessent de coincer, d'encrasser et d'occulter
alors, l'être devient grand à la mesure de son jardin—de ce qui y pousse et de qui vient le visiter
je m'expanse dans l'inconscient de ceux qui me lisent, et je gratte du terrain sur l'analyse
je m'épanouis dans la subjectivité de ceux qui me grisent, et je pénètre dans le champ des secrets
les équilibres me guident au fil de leurs progrès sur l'annihilation, la ruine ou l'effacement
l'embarcation vogue sur une crête : sa coque tangue, sa proue roule et gicle des embruns du désert
la boussole au soleil, elle trace dans la mer de sable et atteint la peine à l'horizon
si seulement, quand réellement éveillés, les rêves nous conduisaient à l'autre nous-même
mais ils ne ramènent que deux ou trois images isolées de notre esseulement sur les flots
en même temps, il nous faut 'tracer' et coûte que coûte 'avancer', 'sublimer'
sans jamais dire "tu" à qui ne nous le rendrait
sans jamais défaillir à la vue de notre ombre blanche, sale et grossie
sans jamais non plus reconsidérer les passages difficiles, seuls ressorts de notre advenir enfoui
je me libère au fil de l'écrit ; les lignes cerclent des émotions éteintes ; les ricochets soulignent des récurrences finies
j'alimente le sel et la sève de survie, sans auprès de personne solliciter le Graal
en quel lieu dés-encastrerai-je le trésor de ses millénaires rebattus et usés ?
je parcours les siècles et désamorce les frontières ; les automations me quittent et les possibles s'aèrent
à force d'y revenir, je renverserai les guérites de ma grand-mère et exaucerai son désir vers le Père
les générations passées n'importe comment nous soulèvent ; les fruits de nos conduites constamment nous stabilisent
nous rectifions le tir et découvrons le plaisir d'un rayonnement chaud et discret
en notre Soi complet, en notre vide majeur
à l'envers de la peur