qu'est-ce qu'être humain ?

il est des jours qui font des ronds dans les souffles exogènes

qu'y a-t-il de particulièrement 'humain' à humer les parfums, les brumes et les fumées du village d'à côté ?

les voix sont portées ; elles se projettent comme des ondes à ras la terre : des basses résonantes dans la vie de la biosphère

les palmes s'en agitent et les lombrics s'en tortillent ; les chants du ciel les rejoignent par salves transparentes, se ménageant des trouées

... des accès—car si je veux "aller", c'est pour m'échapper !... de ma condition et de mon évolution ; ... pour happer l'air

mes poumons, remplis d'humidité, se trouvent définitivement en manque de liberté—de fusion et d'expansion

ils pourraient venir 'me prendre' et ultimement m'emmener hors cadre, pour voler, planer, flotter, rêver : ils sont doux, légers, renflés, ballonnés,... joueurs, rieurs et tricheurs

ils aiment la randonnée quand celle-ci est d'altitude céleste—et qu'innocemment ils peuvent se brûler jusqu'à l'évanouissement

ils aiment les sorties dans l'interstellaire—pas plus diurnes que nocturnes, pas moins cuisantes que givrées, aussi vertigineuses que grisantes : le vide les gorge de planètes

le 'rien' n'existe pas pour la quintessence saine en quête de manifestations

le tangible est fait d'images qui grillent toutes dans le vide quantique—où l'on se retrouve

plus on se peuple, plus on risque de disparaître ! moins on s'alimente, moins on a de 'soi-même' à engloutir

dans l'éternel, nos ondes absorbent nos corpuscules—et pas l'inverse

si on les laisse faire, nos rayonnements déséquilibrent la marche de nos particules, duelles, dans le sens de la seule Lumière

si on affole les guérisons dernières, alors le quantum d'Amour nous génère en notre balance cosmique—mi information, mi matière

bipolaires, nous naviguons simultanément dans les deux directions, l'une donnant forme à l'autre

nous nous nourrissons de l'Ange en son potentiel quantique et nous l'animons dans sa tentation d'apparition macroscopique

les spectres colorés sont 'indigènes'—originés en nous

ils sont le fruit de notre amour pour Lui et de sa faiblesse à nous répondre dans le même esprit : nous nous rencontrons

les pluies, fortes et fidèles, viennent nous surprendre ; elles prennent toute la place, puis se retirent

loin de rebuter l'Ange, Il apprend d'elles : le déversement, la générosité, le don, le nourrissement et la saturation

l'échange du sol avec les nuages se fait selon un cycle captant la lumière pour chaque fois une érection plus stellaire

le feu de bois crée la braise qui elle-même se refroidit en humus : l'arbre se régénère lui-même et ses racines grouillent de vers

certains veulent 'se fondre' ; d'autres préfèrent définitivement s'enflammer pour échapper aux cimetières

mes poumons, eux, se dessécheront dans un désert—offerts au seul Soleil

des éclairs alors éclateront dans l'atmosphère rouge et danseront autour de leur dépouille pour, comme le crabe, l'ensabler à jamais

je ne soufflerai plus dans le ballon multicolore pour anesthésier ma douleur

ma tombe, parmi les touaregs, sera d'or et d'indigo ; invisible, elle ne sera connue que des chameaux, qui viendront y faire leurs prières

par elle, coulera un filet d'eau : une infiltration de sous le reg, qui jaillira sur les cailloux : je suis la Vie !

je me rafraîchis et m'épanche sur ceux que j'aime

je resurgis et m'adosse au pilori ; les humains, en effet, ne m'apprécient guère : douce et mignonne... irrespectueuse, réfractaire et misanthrope... anecdotique, obstinée ou spongieuse

je n'attire pas la Gloire, sans doute parce que je l'ai connue naguère et qu'à présent, je la détourne afin d'éviter sa menace et son piège

ceux qui connaissent, savent que la voie du Milieu ne s'embarrasse pas des idoles terriennes et que rien dans ce monde ne justifie qu'on nous y oblige

telle la petite pieuvre, je me referme dans ma coquille tranquille, entretiens les instantanés succulents et mise sur le temps de la race hominienne pour qu'elle y vienne

dans l'espace je me projette, à l'heure où deux astronautes déploient tous leurs attirails ; suspendus à rien, depuis la stratosphère, ils contempleront la Terre : cette surface arrondie, à la démarcation bleu-nuit diffuse, entre le noir cosmique infini et l'azur océanique profond

les radiations interastrales y sont directes au coeur de la fournaise ou de la glaciation—co-existantes

les déplacements hors gravité suivent des courbes cinétiques selon des échappements incontrôlés : il leur faut tout rattraper !... ; la moindre impulsion lance le mouvement approximativement vers sa destination, et, sous scaphandre, le moindre geste dirigé résiste partiellement à son objectif

quelque chose de nous s'encapsule là, en dehors de son territoire habituel, dans un environnement frais : l'âme y est-elle plus cruelle ? ou moins survivante ? rechigne-t-elle à ce qui initialement n'est pas fait pour elle ? elle qui a poussé sur le gazon

nos corps sont 'nos âmes' : là où ils supporteront, elles y seront... est-ce la Gloire ? ou est-ce le Milieu ? y a-t-il eu dérogation ?

étendre ses limites à partir du Centre

refroidir ses protubérances et avancer dans l'absence ; penser que demain sera différent—sans repères pour autant

conquérir un Himalaya, la Lune ou Mars, c'est se parer d'inutile chaque fois ; à partir de territoires vierges et inhospitaliers, c'est aussi partir en quête de réalités transformées

changer le cadre permet à la créature de se ré-inventer une connaissance différemment incarnée et située : les futurs martiens seront des héros de la spiritualité post-anthropocène ; ils devront, seuls, ré-imaginer "l'être" sans se phagocyter eux-mêmes

des gens, là-bas, écriront... ils seront les gardiens de l'épopée du Milieu, pour réinvestir l'humanité de l'autre côté du système solaire

qu'est-ce qu'être humain ?

élargissons-nous toujours davantage... sans altérer notre amour, ni réformer notre fièvre ; sans nous disperser dans notre confusion, ni nous vautrer dans notre désordre ; sans inventer notre malheur, ni affabuler sur nos tourments

restons 'purs de nous'

et que les transes au coup par coup nous portent ! pour que nos Anges patiemment nous accomplissent