mon coeur brûle... à petit feu, les braises gonflées encore intactes
je m'endors dans le fluide solaire de nos âmes entre guerre et paix
le silence me gagne ; ma peau s'apaise... et tout s'alite, s'évanouit et se régénère
les détentes sont le signe d'accords qui se reforment en mers, comme en montagnes
ainsi, je m'évide, me soulève et me dilate en ondes circulaires, chaudes et nacrées : en fait, c'est plein
ma joie danse, reposée, allégée, magnifiée, immolée... à la Flamme du Ciel
je fais simple... je fais court... je rythme le secours de ces lignes qui me disent que tu n'es pas parti... loin
j'imagine les vols d'aigles, amples, lisses et sereins, lancés sur des kilomètres sans nuages aucuns
j'imagine ta dernière demeure : le bois qui craque, l'odeur de cendres, la glisse sur le parquet, les pas dans l'escalier
tu es heureux ; ce gîte est fameux—couvert de rosée, tapissé de rosiers et croulant sous les noix ; à moins que les loirs n'en aient fait leur festin
je n'y suis pas
pourtant je t'appartiens—avec des bas : d'incompréhensibles décrochages de vie, quand l'astre se couche et le matin ne se relève pas
cela arrive, quand tu grognes, tu éclates—sans couper, et qu'alors je neutralise, je synthétise—sans exprimer ; quand la distance mord notre union-chagrin
ce fil entre nous tient-il compte du monde entier et de ses réalités ? non ; il est naturaliste et sélectif, organique et esthétique
il ne s'occupe que de la beauté des formes et des êtres à ta portée... au bout de tes voyages de saison
mes possibles sont solitaires, dans un rayon nucléaire qui creuse l'horizon et révèle l'immatériel—tout au fond
le tien est immortel, en ce qu'il se déploie parmi les hommes fidèles, les animaux amicaux et les grandes fougères—encore elles
le tien est atemporel, en ce que la musique concrète que tu construis ne s'adapte à aucun écoute romantique
le son est le son—brut et félin, autoritaire et malin
il emmène et retourne le dessous des attentions les plus fines ; il ouvre et dissèque le revers des perceptions les plus anodines
le son est 'bon' : il berce, informe ou agresse ; il ancre dans le souffle, donne le vertige ou altère la conscience
tu es l'enfant de sa couche—comme père ; ta mer, elle, te remplit d'univers incertains dans l'écho des sirènes et t'élargit ses bras forts pour que tu respires en elles
là, jamais de trahison—quelles qu'en soient les narrations et les versions
le courage ne t'abandonne pas ; il te gaine en sa source : l'idée que tu as de tes propres mondes
'faire monde' en toi est naturel, à la mesure de celui que tu as tout le long parcouru : toutes ces merveilles que tu n'as jamais perdues—tous ces ponts suspendus que tu as franchis, tous ces passages sub-marins dans lesquels tu t'es introduit, tous ces visuels imaginaires à propos desquels, un peu plus chaque fois, tu t'es livré
"tu"—un triple message ; une identité plurielle et floue ; et une non-émergence de destin exclusif et véritable
les fatigues s'expliquent... par la pesanteur des géraniums sur les tombes en fleurs ; toutes les pierres s'alignent pour circonscrire le deuil—qui jamais ne se fera
me laisseras-tu seulement t'approcher ? ou devrai-je juste virtuellement t'assister ?
mes convictions sont d'ébène poli : chaque année qui passe, elles durcissent leur surface et brillent dans leur écrin ; absolument 'humaines', elles auront tout vu, tout connu... des dimensions syncrétiques de la représentation ; entièrement 'divines', elles laissent place à l'intuition, à la réceptivité et à la marge d'erreur qui en résulte
je te les donne ; tu n'en veux... presque pas
à peine
je te les donne... dans un gant de velours et avec une patience d'Ange ; dans la transparence, la gratuité et la clairvoyance de mes intentions et de mon attachement—qui pour toi tremble de frais
c'est le meilleur de moi
... sans folie, sans gêne, sans manoeuvre, sans crainte, ni rancoeur... dans l'activation hormonale
... je suis neuve ; je suis pure—moelleuse et rafraîchie ; et je m'ensommeille dans l'écrit pour davantage de soins encore
tu poursuis dramatiquement ton chemin... de Compostelle
le Graal, tu l'auras—à force de marche et de travail, de coup d'éclat et d'endurance, de colère et de tendresse
les mélanges en toi ne sont pas fortuits : ils se lâchent comme des bêtes sauvages et affirment leur viscéralité souveraine
l'autre les étreint pour un bien—sans exagération ; l'autre un peu aussi les étouffe, pour éviter le mal qu'ils peuvent générer
par sens aigu de l'autonomie, rarement jusque dans la profondeur tu cherches à atteindre ton prochain—qui progressivement s'étiole et s'éteint
souvent, tu le réanimes comme si le Tantra pour toi n'avait pas de mystère ; ton alignement est limpide : il en sort de la Lumière
ces rayonnements en moi font 'présence' ; et je m'illumine en leurs ondes bénéfiques, en leurs bourrasques alchimiques
je m'inonde de ce pouvoir... et persévère
je bâtis des chimères peut-être, mais sens leurs effets—qui sont tout sauf secondaires
c'est vif en moi ; c'est brillant et puissant ; c'est un râle de vie agissant, ascendant et tourbillonnant
c'est un cap à l'aurore... et une manière de fermer les yeux, le soir venu
je te veux éphémère, et tu persistes magnifiquement, en régnant sur ma petite maison
je te veux résistant, et tu t'inclines face à mes déclarations sommaires, complexées par la peur
mon imprécision orale définitivement m'emportera par le dessous de ta préoccupation
ce n'est grave ou important que pour les oiseaux qui nous regardent... et qui nous couvent comme des petits dans leur nichée
chaque nuit, je les observe nous espionner, nous nourrir et nous impressionner
et je leur dis "merci"