le moment du repos, c'est quand on revient à la source et, qu'à l'extérieur de la roche, elle est presqu'éteinte
un filet d'eau cristalline, et c'est tout... un bruissement régulier—presque comme celui d'un robinet
nos états familiers sont dépressurisés ; le débit, certes inextinguible, est atrophié, comme limité par plus profond
les dynamiques a minima se maintiennent pour un régime de survie, une subsistance de fortune
encore une fois, on tente une aventure, en espérant le retour de la Force par les pas à même le chemin
on avance dans l'effort sans crispation ; on se faufile dans les lianes, autour de nous en suspension
aucune étrangeté—que du sommeil repoussé
Amazônia—une bulle immersive pour moi, un lien viscéral avec la Nature que je ne connais pas, et que je sens pourtant si fort
Amazônia—une démarche animale en moi, un réveil du fond qui s'ancre à la sève jusqu'à la cime des arbres de la forêt primaire
ils sont là... les oiseaux et les hommes ; les serpents et les esprits ; les papillons et les tamarins... tous glorifient notre présent vivant et notre mort imminente
nous sommes en instance de quelque chose de mordant... pour un plaisir ou une agonie : quelque chose se passe, là, maintenant... d'urgent et d'important
un enfer en rédemption, une sauvagerie en résilience, un accord en fermentation, une écoute en suspens, une joie en explosion ; les animaux tour à tour se parlent : ils prennent leur rang dans la symphonie et intensifient leurs chants, un moment
la féérie dure à l'aube et dure au coucher
on avance ; on se courbe ; et on entend... le son qui aussi avance et se courbe—un danger parallèle, une vitalité aux aguets, une pulsation synchronisée ; on plonge dans l'âme du monde incarné, manifesté, pleinement brillant
la progression se fait à pas forcés ; mais l'élan du coeur, qui redoute, pousse à redoubler de légèreté
on n'est sûrement pas loin... de ceux qui se faufilent avec des yeux dans le dos et des ondes aux pourtours
on voudrait pouvoir les toucher sans s'effrayer, mais on ne le peut... c'est reptilien, instinctif, automatique
existe-t-il quelque chose d'ascendant dans cette prison ? une brise pour lécher la carapace des tortues ? une cascade pour asperger la couenne des grenouilles ? un coin de ciel pour envoler les toucans à bec rouge ?
libérez-moi... j'adore cet endroit !
le désarroi fore des puits et l'inconscient s'en trouve nourri : veut-on "vivre" une heure de plus ? sent-on en soi s'activer le sang des déesses et s'agiter les nerfs des araignées ?
je me transgresse ; je m'agresse sans complètement m'étouffer : quelque chose en moi se décuple pour surmonter la peur-mère et l'excitation première
à l'appel et sous la contrainte, je me déploie à pleins poumons et fluidifie mes gestes ; les limites s'estompent ; mes antennes captent et mes radars dirigent : j'ose répondre à ce que je perçois de nu et de brutal
cela fait résonance, habite mon corps qui se laisse métamorphoser dans l'accueil des dimensions majeures quand elles sont telluriennes
je demande le Vert, le Marron et le Orange
je demande les hautes herbes, la terre liquide et le fruit mûr—par ordre d'apparition
je ne sais 'où je suis' à même le sol ; je respire l'air humide et prends des allures d'éponge amollie ; je me gonfle, parce que cette fois, je résiste
je me dilate et me déforme, sans éclater ; j'amplifie la chaîne des réactions et dissous les frontières entre moi et l'atmosphère : je deviens
... elle et lui : la feuille et le tronc, l'iguane et la fourmi... la tension et le son
je bénis la Vie—son berceau, ses ancêtres et ses mutations
je m'irrigue de ses envies, de ses appétits jusqu'à ses dévorations... qui ne font pas semblant
on est ici un néant—une flaque ou une bouse ; une émergence synchrone qui s'intègre à la biosphère ou bien une singularité étrange qui se pose avec son mystère
... au risque pour elle d'être attaquée, déchiquetée, annihilée
appréhender la partition et comprendre qu'elle se joue à l'intérieur de nous ; la laisser émettre sa musique auprès des autres et s'éprouver transpercé par les émissions et les fusions
"guider" son corps dans la transe sans plus rien retenir : ne plus avoir de tête, vivre depuis l'âme, qui seule connaît
ne plus être—en dehors de la symbiose et de l'appartenance à l'univers, rassemblé là, dans cette toute petite boule de noix
s'abandonner à ce qui ne doit et ne plus ressentir de misère
voir 'la figure du diable' grossir en soi, et ne pas s'en étonner, ni la fuir : l'ayahuasca achèvera le reste des visions et des saisissements
peut-être reviendrons-nous de là 'conscients' différemment ? peut-être, entre temps, notre cadre psychique aura-t-il simplement périclité ?
peut-être ne me reconnaîtrai-je pas ? peut-être aurai-je oublié ? peut-être seras-tu là ?... où, je ne sais pas
... où les rois sont des démiurges et les sorcières des cendrillons ; là où l'ordre est renversé, au nom d'une péréquation du Démon
là où les pluies balaient tout, inondant les sanctuaires et fragilisant les fondations
là où personne ne se rejoint jamais, dans l'entrelacs des destructions ; là où l'aperception vaut mieux que toutes les apparitions
là où, après l'avoir traversé, je reprends forme sur une rive abandonnée du fleuve géant, hallucinant, traumatisant
j'ai connu son effet ; je me relève ainsi de moi-même en mon ombre superbe, d'une puissance inconnue des mortels
je souris à l'éphémère : j'ai aperçu le mendiant ! sa faim et son amour, sa lumière et ses discours
je voudrais qu'il s'habille et seulement qu'il me dise : qu'il est mon frère et qu'il m'accompagne dans ce désert
les serments sont mouvants ; leurs alliances nous rendent 'duels'... en ceci, je m'inscris dans la discontinuité de mes élans
et je grandis sur le socle du vacillement